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FERMIN MUGURUZA

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  Fermin Muguruza Fermin Muguruza La musique c'est ma vie, je ne peux pas m'arrêter.
 de An'so et Ju, FEVRIER 2004
 
Fermin Muguruza

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Entrevue réalisée à BOURGOIN JALLIEU le 8 février 2004.


Nous avons été étonnés de voir que tu te produisais sur des petites scènes, pour seulement 10 euros en moyenne.
C'est ce que j'essaye toujours de faire. Ca fait 20 ans que je fais de la musique et que je suis sur la route. Je cherche toujours d'avoir des prix populaires et de travailler avec des associations qui font du travail à la base. Si une association veut faire du travail avec moi, je suis très heureux. Il faut quand même dire que c'est difficile pour nous. Nous sommes 16 musiciens sur la route avec 2 fourgonnettes. Mais c'est notre choix. L'année dernière j'ai fait la tournée " Jai Alai Katumbi Express " avec Manu Chao. C'était très bien. Cette année je veux faire la tournée avec mon groupe pour présenter mon répertoire et mon dernier disque. Mais il faut jouer dans des endroits comme ceux-ci. C'est bon de revendiquer ailleurs que dans les grandes métropoles. Nous avons commencé la tournée par tous les petits endroits du Pays Basque. Nous avons essayé la même chose en Espagne. Seulement le gouvernement d'Aznar a fait tomber 5 concerts. Là, nous commençons en France. Dernièrement nous étions à Toulouse avec le Tactikollectif et Zebda pour un concert de soutien à la Palestine.
Ce soir ça va être la fête. Nous allons bien manger, nous avons du vin rouge, on est avec vous. Voici l'essentiel. Je revendique depuis toujours les circuits indépendants. Quand il y a des majors qui viennent chez moi pour que j'enregistre un disque avec elles, je dis toujours non. C'est un autre esprit que je cherche.

La tournée Jai Alai Katumbi Express avec Manu a t'elle favorisé le succès de tes concerts ou penses-tu que la diffusion de ton dernier album a été suffisante ?
Je travaille toujours avec des disquaires de France. Je travaille aujourd'hui avec Small Axe. Ils ont fait un travail énorme. Mais La tournée avec Manu a permis à certaines personnes qui ne me connaissaient pas de découvrir mon existence. C'est certain que ce phénomène ait eu lieu. Il faut travailler dans plusieurs directions. Les Têtes Raides vont occuper un mois le Bataclan à Paris. Ils vont inviter des groupes qu'ils aiment. Ils m'ont invité ! Ils ont invité pour un jour complet le collectif anti-répressif de Paris. Ce jour là il y aura pleins de groupes qui jouerons 20 minutes en alternance. Nous ferons ça aussi. Tout cela va aider la communication d'oreilles à oreilles.

Tu parles de communication. Ton dernier album se nomme Inkomunicazioa. On est dans l'ère du " tout communicatif ". Pourquoi avoir nommer ton album ainsi ?
Quand tu réfléchis à une chose très profonde comme la communication, il faut parler d'in communication. C'est l'autre face de la communication. Il est arrivé un moment ou il faut penser à ce qu'il se passe dans nos sociétés actuelles. On les appèle " sociétés de l'information ". J'ai nommé l'album " Inkomunicazioa ", et les remixes " Komunicazioa ". Je crois qu'un des grands problèmes, c'est l'in communication entre nous. Nous vivons dans des sociétés de communication unidirectionnelle. Nous ne pouvons pas donner notre parole. Tout nous arrive d'une seule façon. C'est la pensée unique. Vous connaissez l'arme de destruction massive. Et bien là, c'est l'arme de distraction massive. Beaucoup de personne sont dans le cercle de la passivité car nous ne sommes pas les protagonistes de notre avis.
Il y a tellement de choses à dire, ça serait très long de faire le tour du problème. Mais je suis très optimiste. Enfin, optimiste non. Vous savez qu'un optimiste n'est qu'un pessimiste informé. Mais je pense qu'il y a un peu de lumière. C'est très important. Je crois qu'on peut faire beaucoup de choses ensemble.

Que penses tu du fait que l'image de ta pochette a été censuré en France ? Les diffuseurs ont collé un autocollant sur les deux personnage nus…
A l'époque du franquisme, le drapeau basque était interdit. Les basques trouvaient plus de liberté en France qu'en Espagne. Quand j'ai vu ça, je me suis dit que ce n'était pas possible. Peut-être que ces deux corps nus sont provocateurs car ce ils ne sont pas un standard acceptable dans les magasins ou à la télé. Pourtant ils sont comme nous. Mais ce que je ne comprend pas c'est que si tu va voir toutes les pochettes de Bridney Spear, Jennifer Lopez, etc., tu verras l'érotisme des boutiques, l'érotisme virtuel. Mais si tu dis, voilà nous sommes comme ça, c'est l'interdiction. Ca nous donne aussi l'idée de ce qui est en train de se passer. Dans l'histoire de l'art, du cinéma et de la peinture, il y a aussi beaucoup de censure.
Beaucoup de personnes m'ont demandé la signification de la pochette. C'est à chacun d'imaginer quelque chose. Il y a des éléments évidents. La nudité, c'est montrer que nous ne sommes pas rien. Nous sommes dans la même cuisine et nous oublions de nous toucher. Les sens sont dans la têtes, mais nous n'y comprenons rien. Puis le frigo symbolise la consommation. C'est une façon de poser la question suivante : tu n'es que consommation, tu es un être qui consomme ou tu es un être avant tout ? Ce n'est pas une pochette avec des réponses. C'est une pochette avec beaucoup de questions. Je revendique aussi l'existence d'une langue basque et c'est une façon de dire qu'elle n'est pas dans le frigo. Elle n'est pas congelée. Vivre toujours en relation avec les autres cultures qui vont se contaminer entre elles. Ces contaminations positives permettront leur évolution et de faire une chose plus belle et plus grande.
Nous avons un groupe dans mon quartier dans lequel nous réfléchissons comment amorcer ce genre de réflexion chez d'autres personnes. C'est toujours autour de la communication.

Fermin, jusqu'à quel point la vie politique du pays Basque a influencé tes créations musicales. Il pourrait paraître logique qu'en étant engagé pour la défense de ta culture, tu proposes une musique traditionnelle de ton pays pour qu'elle se perpétue. Mais ta musique est très métissée et plutôt universelle.
C'est l'histoire de chacun ! Je suis un produit de la communauté qui m'entourait. Je suis issu du milieu punk-rock et ska. J'ai commencé par ces styles. Le plus important que nous avons au pays basque c'est la langue. Quand j'ai commencé à faire des voyages en Amérique Latine, tout le monde me disait que la langue basque ne devait pas se perdre car ici trop de langues ont disparu. J'ai pris l'engagement à ce moment là de chanter en basque pour toujours. Mais mon premier disque de Kortatu était en espagnol et je chante anglais, italien ou français, et parfois dans des langues minoritaires comme le maputxe, le berbère, le kurde… Mais chacun apporte sa spécificité et ça c'est un de mes apports. Il y a que 50 000 personnes qui parlent basque. J'aime le folk traditionnel basque mais ce n'est pas mon style. Je trouve qu'il y a eu une époque très intéressante, c'est celle ou le mouvement punk a fait la connexion avec le folk. C'est l'exemple des Pogues. J'aime aussi beaucoup Asian Dub Fondation pour ces raisons. J'ai de très bonnes relations avec eux.

Nous sommes obligés d'évoquer les problèmes de censure dont tu as été victime. Il est antinomique de parler de censure dans un pays dit démocratique !
Dans l'Etat Espagnol, le parti populaire est la continuation du Franquisme. Il y a des ministres qui ont participé au franquisme. Le leader du gouvernement de la Galice a été membre du gouvernement de Franco. C'est important il me semble de dire cela. Pouvez-vous imaginer qu'un ancien collaborateur barbare nazi soit au gouvernement en France ? La transition en Espagne a été un point final. C'est un peu comme en Amérique Latine. A la chute des dictatures, les militaires et les politiques n'ont pas reçu d'interdiction pour l'exercice d'un pouvoir quelconque.
Ils mettent un masque démocratique. Déjà l'année dernière ils ont mis la merde totale…Il y a eu la catastrophe du Prestige. Puis Aznar nous a montré qu'il est la Lewinsky de Bush. Au Pays Basque on est sûr de ne pas pouvoir décider si on veut un avenir ou non avec l'Espagne. Un grand journal y a été interdit. Il fait tout son possible pour cacher l'existence de la culture basque. Une distribution musicale a été fermée avec l'aide da la police. Pendant la tournée avec Manu, nous avons dénoncé cela. Avant la guerre en Irak, nous pensions déjà que Bush, Aznar, Blair et Berlusconi étaient eux-même des terroristes. Le parti populaire n'a pas aimé que nous disions cela. Nous avons joué d'abord dans des petits endroits. Après, en Galice, nous avons joué pour 25 000 personnes et à Madrid nous avons joué pour 15 000 personnes. Ensuite, ce fut l'interdiction dans plusieurs salles.
Le parti populaire détient en plus, presque tous les journaux. La propagande est facile. Dans certaines villes de gauche, il n'y avait a priori pas de problèmes, mais ils ont mis en place un système de pression terrible. D'abord par le biais des journaux en nous traitant de terroristes. C'est le prétexte redondant. Les musulmans sont terroristes, les basques sont terroristes, les irlandais le sont un peu, etc.
Les groupes d'extrême droite ont fait aussi pression en promettant de mettre le feu dans les salles. Puis le parti populaire promettait aux salles de les faire fermer si le concert avait lieu. Ce système a provoqué une ambiance contaminée et très bizarre. Cinq concerts sont tombés. Mais l'objectif est double : éviter la diffusion de la langue basque en m'empêchant de chanter et faire une représentation de l'Espagne homogène en privant le public qui est le mien d'une représentation musicale engagée. Ils commencent à toucher le cinéma aussi. C'est l'exemple du réalisateur Julio Medem. Le but c'est d'installer une pensée unique inerte face à leur politique et ne la remettant pas en cause. La dissidence va être condamnée de plus en plus.

Ces censures ont eu des conséquences économiques ?
Oui. Evidemment. Nous faisons un peu une logistique financière pour la tournée. Nous essayons d'aller en Amérique Latine. Nous voulons aller en Argentine encore une fois. Mais plusieurs projets sont tombés à l'eau. Certains festivals en Espagne ne veulent plus nous programmer cet été. C'est aussi la répression économique. C'est clair.

Des bruits courent concernant la fin de ta carrière musicale.
La musique c'est ma vie. Je ne peux pas m'arrêter. Je suis fait de morceaux musicaux. Je fais des morceaux pour des films. Je continu à créer des morceaux. Mais j'ai été 22 ans sur la route. J'ai deux enfants que j'aimerais voir grandir. Dans mon quartier il y a aussi beaucoup à faire. J'ai beaucoup de projets militants à mener. Mais je n'arrête pas la musique. Cependant, c'est un cycle qui va se fermer. C'est pour cela aussi que sur scène, et pour cette tournée, nous donnons tout ce que nous avons.

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