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[MACACO] |
MACACO |
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| Interview de "MONO LOCO" Macaco de Julien Schwartz, MAI 2002 |
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Propos recueillis Calle de Lappe, par Julien Schwartz. Ce 22 mai, le festival Méditerranéennes accueille Macaco, les représentants de la nouvelle scène barcelonaise. Dans la salle du café de la danse j'attends le "Mono Loco", chanteur et leader du groupe. La première chose qui frappe chez lui, est son physique destroy de Jay Kay latino. Il me sert la main avec un grand sourire en grignotant une banane. Soignerait-il son image de Georges de la jungle ? Le "Mono Loco", c'est un grand gamin de 28 ans, qui s'amuse à triturer les sons avec ses amis de l'hermandad Chirusa, lorsqu'il ne fait pas le pitre sur scène. Pourtant il est loin de l'image du cancre lorsque soudain il sort calepin et stylo de sa poche pour noter une idée. Fer de lance du nouveau son espagnol, mais pas gourou, malgré son physique messianique. Il a d'ailleurs dédicacé l'album de Macaco au film des Monthy Pythons "La vie de Brian" : "pour moi ce film dit de ne pas croire tout ce qu'on te dit, de te faire ta propre opinion. C'est ma bible !". Parle nous de ton parcours pour en venir à Macaco ? Ma mère était chanteuse et mon père batteur. Il écoutait beaucoup de jazz et elle de flamenco. Moi, j’entendais ce qu’ils passaient, mais je n’écoutais pas. Puis avec le temps, j’ai évolué et maintenant je ressens vraiment cette musique. Quand j’avais 16/17 ans, j’étais dans un groupe qui s’appelait Magic Animal, et on jouait des morceaux plutôt reggae. Le hardcore est venu plus tard dans ma vie lorsque je me suis mis à jouer avec Dr No, mais j’ai toujours mélangé les influences, les sons. Avec Dr No, nous mélangions des sonorités argentines avec des saxophones. C’est un parcours similaire à ceux des leaders des Négresses Vertes, Sergent Garcia et Mano Negra, un retour aux sources ? Je pense qu’il y a un lien entre tout ce que nous jouons. C'est la communion avec le public, qu'il s’agisse de reggae, de hip hop, de flamenco, de hardcore ou de rumba catalane, à la différence des musiques anglo-saxonnes qui sont très introverties. Le Reggae est quelque chose de très présent chez Macaco. Y a t’il une communauté d’esprit entre le reggae et ce nouveau son latino ? Oui, je pense. La première chose est que le reggae fonctionne très bien en espagnol. Ensuite, il y a une certaine proximité entre elles. Par exemple, il est très facile de transformer un classique de Rumba catalane en Reggae. Je vois enfin une dernière raison à cela. Les textes peuvent être très violents, très revendicatifs, alors que la musique elle-même a des accents joyeux comme dans les musiques latines (cf. Camaron, Ruben Blades etc.) Les textes de ton album sont-ils revendicatifs, politiques ? Non, nous parlons de beaucoup de sujets, mais une chose que je ne voulais pas, était de faire de Macaco un de ces groupes aux paroles ultra politiques. Il y a certains sujets que nous abordons parce qu’ils sont très proches de nous. Mais de manière générale les thèmes abordés sont très divers. Il peut y avoir des chansons humoristiques, et d’autres comme « delaveraveraboom » qui reflètent des émotions, des sentiments. Il y a une certaine mélancolie dans delaveraveraboom… Cette chanson parle de la rue dans laquelle nous vivions à Barcelone, la Calle Escudellers à côté de la Rambla. Il y avait là-bas beaucoup d’artistes, musiciens, réalisateurs de courts-métrages d’animation. Cette chanson, je l’ai écrite en marchant avant d’aller en studio et… C’est une de mes préférées. Sur l'ensemble de l'album, il y a une sorte de tristesse qui se dégage… Je pense que cela est du au fait que dans l'album nous avons mis beaucoup de dub, de musiques électroniques, et cela donne une sonorité plus triste. Par exemple, pour le morceau "la Raiz", quand nous le jouons sur scène, le rythme est une rumba catalane et il est beaucoup plus entraînant que sur l'album où la basse est très grunge et où nous avons rajouté des samples. C'est ta société de production (Hermandad Chirusa, créée avec 2 autres membres de Macaco, Carlos Jaramillo et Martin Fuks) qui a produit l'album. Vers quoi veux-tu te diriger, la production ou la scène ? Les deux. Non, sérieusement, je ne veux pas avoir à choisir. Je ne fais les choses que parce que j’y prends du plaisir. Je me suis beaucoup amusé en production, à expérimenter des sons, des arrangements. Je ne veux pas devenir un de ces producteurs qui appliquent tout le temps les mêmes recettes mécaniquement. Nous avons monté « hermandad chirusa » pour ça : expérimenter, mélanger roots i antennas. Sur scène, par contre, le son est beaucoup plus dynamique. Pour moi la scène et le studio sont deux choses différentes. Sur cet album, j'ai travaillé avec de nombreux musiciens qui ne sont pas dans le groupe. Je ne voulais pas que cela sonne comme un groupe latino. Je savais que ce serait plus difficile pour la promotion parce que les radios ne veulent pas de ce genre de morceaux, qui sont beaucoup plus "noirs" comme tongo, caigan, demonios. Ce sont aussi des morceaux latinos, mais pas au sens où la plupart des gens le pensent. Il y a eu le même type de préjugés envers la musique black. Pourtant celle-ci est très diversifiée, hip hop, blues, jazz, funk etc, et la musique latine c’est la même chose : salsa, reggae, rumba… mais aussi le hip hop et les musiques nouvelles. Est-ce pour te démarquer d’une musique latino officielle, que tu n’as pas de cuivres sur scène ? Non, il y a d’ailleurs plusieurs morceaux sur l’album avec des cuivres. J’ai plutôt voulu axer la formation autour des percussions. Il y a deux percussionnistes dans le groupe, un colombien et un brésilien. Le premier joue des congas et le second a plus d’instruments tels que le mirimbau, et des effets, comme une wah-wah par exemple. Cela fonctionne très bien avec les chansons. Et par cet aspect, nous nous sentons plus proche de musiciens comme Lenine au Brésil que de tous les groupes dont nous avons parlé précédemment. Car Lenine dit de sa musique qu’elle est à la fois de la raiz i de las antennas, un mélange de tradition populaire et de nouveaux sons électroniques. C’est dans cette direction que veux aller pour le prochain album. J’ai envie d’expérimenter plein de choses, par exemple tu peux faire d’une percussion un son complètement différent, puis y revenir encore et changer une nouvelle fois. J’aime ce contraste. Les musiques dites "latinos" sont très à la mode en ce moment, et les maisons de disques sortent quantité de disques estampillés "latinos". Que penses-tu du phénomène sachant que les titres qui se vendent ne sont pas forcément les meilleurs ? Il y a de nombreux groupes aujourd'hui qui ont tout un vécu, tout un parcours musical, comme le Sergent (Garcia), madly de Los Angeles, ou les Fabulosos Cadillacs d'Argentine. Ils ont beaucoup galéré, fait de petits concerts dans de petites salles et se sont bâti une vraie personnalité. Et puis à côté de cela, il y a les grandes maisons de disques, la presse, qui, voyant le succès engendré par ces gens, se mettent à produire du "Latino". Et avec ses gens là arrivent des Jennifer Lopez, des Ricky Martin, ce genre de soupe. Ce n'est pas latino, c'est la sempiternelle même saloperie. Ils parlent un espagnol émaillé de "loco", "loca", c'est n'importe quoi, et en tout cas ce n'est pas latino. On dit que ces artistes sont "accessibles" au grand public. Je sais que notre musique n'est pas destinée à un vaste public, mais si on prend par exemple quelqu'un comme Sergent Garcia. Il vend des albums dans le monde entier. Des gens comme lui peuvent être un pont entre notre musique et les gens de la rue. Chez les disquaires, les musiques du sud (reggae, latino, raï…) sont classées au rayon "World music"… Notre album est classé au rayon world music ? (incrédule) …pourtant, de plus en plus, elles mélangent à leurs sonorités, des musiques anglo-saxonnes comme le rock, le hip hop et les musiques électroniques. S'agit-il d'une revanche contre "l'impérialisme américain" ? Prenons l'exemple de Fundamental au Pakistan ou de l'Asian Dub Foundation. Ce sont des groupes qui sont très ouverts aux nouvelles technologies, aux nouvelles musiques. Ils disent que souvent les gens les trouvent "exotiques". C’est complètement ridicule, certains imaginent que les peuples des pays du sud n’écoutent que des musiques « traditionnelles », alors que par exemple, un des groupes les plus populaires au Pakistan est un groupe de heavy metal ! Barcelone était-elle une ville propice au dévelopement de ta musique ? Vu de l’extérieur, elle semble plutôt être une ville de clubs, de musiques électroniques, mais pas forcément de concerts de rock ? Il y a en fait beaucoup de concerts à Barcelone, mais Barcelone est coupée en deux. Une partie essaie d’être vraiment "fashion" : le port, le quartier du Raval, le barrio Gotico. Il y a beaucoup de clubs, de Dj. C’est cet endroit qui attire les touristes avec beaucoup d’argent. Mais il y a une autre partie de la ville, où se réfugient ceux qui ont marre de n’écouter que de la techno en permanence. Il y a là-bas beaucoup de bars, de sound system qui l’été se retrouvent sur la plage, plein d’endroits que les gens ne connaissent que par le bouche-à-oreille. Quels sont tes lieux de prédilection pour sortir à Barcelone ? Souvent sur la rue Escudellers qui est proche de chez moi, mais également sur la place trippie où se situent quelques bars comme l’Oviso… Pour les clubs, il y a le Paradise, où ils passent beaucoup de Reggae, de musique live, et à côté de cela, il y a les soirées privées. De plus en plus, les gens cherchent de nouveaux endroits pour sortir entre les bars branchés, purement électro-techno-house, et les endroits underground où on ne peut entendre que du reggae et du rock alternatif. En fait, le public est en attente d’une sorte de fusion entre ces deux mondes. [haut de page]
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