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  Macaco Macaco Interview de "MONO LOCO" Macaco
 de Mono Lo, SEPTEMBRE 2002
 
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Interview traduite de l’espagnol


Pourquoi le nom du groupe “Macaco” (macaque en français) ?
Gamin,, j’étais très nerveux, je bougeais sans arrêt, je grimpais partout … On m’appelait Mico ce qui veut dire singe. Ca a à voir aussi avec la forme de mon visage. A une époque aussi nous jouions sur Las Ramblas avec un ami africain qui s’appelle Chumo qui vit maintenant à Paris. Nous faisions les singes, nous nous attachions les cheveux et sautions pour appeler les gens pour qu’ils nous jètent des pièces, ensuite on se mettait à jouer notre musique. Les gens nous voyaient avec nos tambours et s’approchaient.

Comment le groupe arrive à faire une fusion entre musique espagnole, brésilienne et tant d’autres ?
Nous essayons des trucs. Le mélange et la fusion existent depuis plus de mille ans, ce n’est pas quelque chose que nous avons inventé. Pour moi, toutes les musiques viennent de la fusion. La définition la plus claire de Macaco et celle qui me plaît le plus est musique de racines et d’antennes. Parce que nous prenons des musiques de racines très fortes : la musique brésilienne, la musique latine, le flamenco, la rumba catalane … Ce sont les racines, ce sont des musiques qu’on connaît. Moi, je suis de Barcelone, Sandro, de l’Amazonie du Brésil, Welcher est cubain alors on sait jouer ces musiques. .. Ces musiques nous les mélangeons avec des éléments de musique moderne, les antennes : électro, hip hop, des éléments d’autres musiques qui ne sont pas les nôtres mais qui cadrent parfaitement avec ce que l’on fait. Par exemple, pour la chanson Pirata de Agua Salada de notre dernier album, nous avons mélangé tanguillo et flamenco, cette sous-division nous l’avons au-dessus et par-dessous nous avons mis des bases de hip hop, des effets de rap, des scratchers et le film est différent. Ou par exemple dans le même thème, la strophe qui est la première partie de la chanson est en rap espagnol et le refrain est chanté style rumba. Nous essayons des choses d’autres cultures que nous faisons nôtres. Par notre âge, nous écoutions chez nous des musiques traditionnelles mais en même temps j’écoutais du rock, punk, on me donnait des cassettes de hip hop. Nous essayons d’utiliser des trucs qui nous sont propres pour que notre musique ait de la personnalité et nous mettons aussi des choses d’autres musiques qui nous plaisent.

Dans le cas de Sandro, le percussionniste brésilien, quel type de musique apporte t’il ?
Par exemple, dans le titre, Revuelta, le dernier thème de notre dernier album, il s’agit d’un mélange de maracatú qui est un rythme brésilien traditionnel avec des claviers plus funky et nous chantons Chico, le chanteur de Martires del Compas et moi. Chico chante du flamenco, donc rien à voir…Mais lorsqu’on écoute la chanson, ça marche, et c’est le plus important. Je fais de la fusion pas de la confusion.

Il y a toujours une part d’engagement social dans tes thèmes. Penses-tu qu’engagement et musique doivent toujours aller de paire ?
Les chansons ne se font pas toujours de la même manière. Parfois, elles se font à partir de la musique, parfois à partir d’une image, ou à partir des paroles. Au niveau des paroles, j’aime parler des choses de la vie, il ne s’agit pas d’être politique parce que nous détestons la politique. Nous donnons des opinions et surtout nous parlons des choses de la vie. Je suis plusieurs choses pas une seule chose. Avec les chanteurs, il arrive souvent la même chose : il semble que les chanteurs ne doivent être qu’une chose, ou le super héros, le super guerrier, social et qu’à ce moment il ne peut plus parler d’amour ou d’images ou de n’importe quoi d’autre. J’essaie à ce que l’éventail soit ample parce que tu peux vomir sur Bush mais en même temps être amoureux et vouloir parler de sensations comme dans Delaveraveraboom qui parle de la rue Escudellers, de sensations. Ensuite au niveau personnel et au niveau du groupe, nous faisons des choses sociales, nous avons joué dans 2000 festivals et causes gratuitement pour appuyer des choses qui nous intéressent. Mais je suis d’abord musicien, Macaco, après il y a la personne. Je m’implique dans certaines choses et j’aime le faire et dire ce que je pense. Mais ce sont des opinions, ce n’est pas que nous sachions tout ni qu’on veuille changer le monde. Contre Informations, il s’agit plutôt de ça. Parce que l’information qu’on reçoit est mauvaise… dernièrement, avec tout ce qui se passe avec l’Irak …Nous sommes aussi motivés par le thème de la Palestine, nous allons participer à un album, Ojos de Brujo aussi. J’aime beaucoup dire aux gens que Bush est le terroriste plus important de la planète. Les gens qui connaissent Macaco le savent mais peut être qu’on arrive à faire réfléchir les gens de la rue, tout ce qu’on voit à la télévision n’est pas la vérité.

Avant tu chantais dans les rues de Barcelone, qu’est-ce que tu peux nous dire sur les musiciens de la rue, la situation a t’elle changée maintenant pour eux?
Nous avons joué longtemps dans les rues de Barcelone et Ojos de Brujo aussi. Nous avons joué plein de fois sur la place Catalunya, au-dessus de l’arrêt du métro. Pour nous, c’était un moyen de survie, on gagnait assez d’argent pour vivre et faire ce qu’on avait envie de faire. A notre époque, on emmenait un générateur, c’était une batterie de voiture connectée aux amplificateurs et on jouait. On était un peu amplifié mais ce n’était pas non plus style Metallica. Cela, la Generalitat et le gouvernement l’ont réduit, parce qu’ils veulent jeter les gens du vieux quartier. Barcelone est une ville portuaire, et dans ces villes, auparavant c’était là où les gens aisés ne voulaient pas vivre, ils s’installaient dans la partie haute de la ville. Dans le port vivaient les prostituées, les musiciens… Maintenant ils veulent changer ça, il s’agit d’une stratégie menée par le gouvernement catalan pour changer cela. Ils ont interdit de jouer avec des instruments électriques dans les rues. Mais en fait, les musiciens ne peuvent jouer avec aucun instrument parce que ceux qui ont des guitares acoustiques, chantent sans micro ou avec des tambours se font confisquer leur instrument… C’est une stratégie politique. Ils détruisent tous les quartiers du vieux Barcelone, comme il est près de la mer et que les étrangers aiment cet endroit, ils veulent faire une Barcelona 92 2ème partie, très propre. Ils font des blocs, ils disent dans cette partie de la ville vivent tant de personnes âgées, on les jette de cet endroit, on jette ces édifices et on reste avec cette partie… Par exemple, si tu vas à la place Real, il y a là un facteur, une image qui décrit la politique de la Generalitat et qui est très forte : dans la Place Real il y a toujours eu des bancs, et les bancs servent à s’asseoir, à te réunir avec tes amis, parler. En Catalogne, on a la rumba catalane qui vient de là, des bancs, les gens se réunissaient, prenaient une guitare et rumbas ! … Qu’est-ce qu’ils ont fait ? Ils ont enlevé les bancs et ont mis des chaises individuelles. C’est surréaliste ! Les gens ne peuvent plus parler…

Vous dédiez le second disque à Narciso Monturiol, C’est quelqu’un d’important pour le groupe ?
Non, il s’agit une coïncidence. Beaucoup de paroles du deuxième disque ont surgi lorsqu’on était en tournée avec le premier disque. Nous avons été longtemps en tournée. Beaucoup de paroles me venaient sur la mer, sur l’eau sous marine, ce n’était pas que les paroles parlaient de la mer mais plutôt de pirate, de boussole, de SOS… et je me suis dit « ça me plait », la ligne d’union me plaisait. Je ne voulais pas faire un disque conceptuel ni rien dans le style mais c’était tout simplement que je m’unissais au film. Petit, j’aimais beaucoup le livre “20.000 lieues sous les mers”, de Jules Verne, je l’adorais. Le truc des sous-marins et du dessous l’eau, pour moi c’est comme l’alternatif, l’underground. Il y un tas de groupes dans le sud de l’Europe : en Italie, en Espagne, en Amérique du Sud, il ne s’agit pas de la musique latine typique, il y un tas de choses intéressantes, nous ne sommes pas les seuls, chacun mélange avec ses trucs. Pour moi, c’est un peu comme ce monde sous marin, c’est comme mettre la tête sous l’eau et découvrir un autre monde. Tout le monde connaît le monde d’en haut, parce que c’est ce qu’on te montre, mais par-dessous, il y a un tas de trucs, un monde réel. J’ai essayé de refléter ça. Lorsqu’on était dans les studios, j’ai commencé à chercher avec le type des studios par Internet , et tout à coup on est tombé sur Narciso Monturiol. C’est une personne qu’on étudie à l’école mais plus personne ne s’en souvenait. Nous étions dans des studios à Figueras, au nord de la Catalogne et lui, il était de là-bas. Nous avons vu aussi son sous-marin, avec Isaac Peralta ils furent les inventeurs. Nous nous sommes mis alors à lire sur ce type et avons découvert que non seulement c’était un inventeur mais qu’il avait des idées sociales, qu’il voulait aider, qu’il souhaitait que ces inventions s’utilisent pour des choses chouettes, pour aider les gens. On l’a trouvé sympa et on a voulu lui faire un petit hommage. Aujourd’hui Sandro, le percussionniste m’a dit que sa femme qui travaille en ce moment pour les décors d’un film a rencontré le petit-fils de Narciso Monturiol, il nous a beaucoup remercié, il était très heureux. Sandro vient de me le dire, il y moins d’une heure.


Tu participes aux projets de nombreux groupes : Los De Abajo, Ojos de Brujo, Amparanoia… Comment se décide ces collaborations ?
Je collabore avec les gens que j’aime bien, pas seulement avec les gens qui font de la musique latine. Nous avons réalisé un projet avec le bassiste de Suicidal Tendencies et Infeccious Grooves, Robert Trujillo. C’est un chicano, bon, moitié mexicain moitié de Los Angeles. Plus jeune, j’avais un groupe de ce style. Nous nous sommes connus au Danemark, on est devenu amis, je lui ai envoyé des trucs …Quand il a arrêté avec Suicidal Sentencies, nous avons fait un projet, c’était avec deux basses, une bonne batterie, ca s’appelait Mash Metal. J’ai beaucoup aimé ce projet. J’ai également travaillé avec Roy Pacci, le trompettiste de Aretusca, j’ai enregistré avec lui dans un style ska. Lui, il a aussi un autre groupe de musique très différente : La Banda Ionica, ils sont tous siciliens, ils mélangent tarantela, une musique traditionnelle sicilienne, avec d’autres trucs … J’aime travailler avec des gens de mentalité ouverte, ca ne doit pas être uniquement de la musique latine. Demain je rencontre un russe qui fait du trash metal et peut être quelque chose peut en sortir…. Je ne veux pas me fermer. Avec Los de Abajo, King Changó, la participation ne fut pas seulement en chantant, nous avons un label de production qui s’appelle Hermandad Chirusa. Avec Martín, le guitariste et un colombien, Carlos Jaramillo, nous avons monté un label pour produire la partie musicale de nos disques. Nous avons produit le disque de Los de Abajo et quelques thèmes pour King Changó. C’est autre chose, je ne suis pas un chanteur, j’essaie plutôt d’aider à ce que les thèmes sonnent bien, j’essaie d’apporter des trucs à d’autres groupes, j’essaie de garder la vision du groupe pour que ça reste toujours leur groupe. Je ne pense pas en tant que Macaco, mais en tant que producteur musical. Le rôle d’un producteur musical est d’essayer d’aider à ce que ça sonne bien, rajouter des trucs sans que la bande perde sa personnalité. Il faut que ce soit leur disque pas le mien.
Avec Ojos de Brujo, c’est encore autre chose. Ce n’était pas une collaboration, je faisais partie du groupe. Avec Ramon et Juan Luis, nous avons créé le groupe, eux c’est ma famille, mes frères. J’avais en même temps le groupe Macaco et je ne pouvais pas être présent à tous les concerts. A ce moment là, est arrivé Marina, la canillas qui est une très bonne chanteuse, je suis vraiment fan. Alors on a pensé qu’il valait mieux qu’elle soit la chanteuse du groupe et que moi, quand je pourrais, je serais un appui. Ce fut le processus du premier disque, il s’agissait de beaucoup de chansons que j’avais depuis longtemps, c’est pour ça que je chante dans presque tout le disque. Maintenant, ils ont fait un autre disque qui est une œuvre d’art, je vous recommande de l’acheter. Vous l’avez déjà écouté ? Il est super, non ? C’est un voyage, moi je suis halluciné… Dans ce dernier disque, j’ai surtout aidé, avec la Fábrica de Colores ; Carlos Jaramillo, le Colombien a aussi participé à l’enregistrement du disque. Moi, j’y chante deux ou trois chansons, j’y ai mis quelques trucs. Marina avait composé des paroles très bonnes et le plus important c’était de faire un disque qui reflète ce qu’est le groupe maintenant. Ojos de Brujo fonctionne plus comme un collectif, c’est surtout Juan Luis, Ramon, Xabi… eux sont le noyau dur et moi je suis comme le cousin qui est parti en voyage. Dans le future, peut être que j’arrêterai Macaco et on refait un disque ensemble mais toujours à condition que je puisse être présent lors des tournées. Dans le premier disque, au début, on leur demandait : et où est le "Mono Loco" de Macaco ? , l’air de dire: on ne vous paie pas… C’était un problème. C’était très difficile d’être à deux endroits en même temps. J’étais fou, le singe fou (Mono loco en espagnol) ! Nous faisions des concerts qui étaient deux concerts, Ojos de Brujo puis ensuite Macaco. C’était dur ! Maintenant ils ont fait un disque merveilleux, avec une sacrée chanteuse, Marina a beaucoup de personnalité, elle a beaucoup de choses à dire. C’est une interprétation du flamenco très libre. Les bons flamencos, pas les puristes, sinon les bons, d’esprit ouvert, apprécient beaucoup leur musique. C’est pareil pour nous, regarde par exemple Welcher, notre pianiste cubain, c’est un maître, c’est quelqu’un d’important pour la musique latine, mais il a atterri ici à Barcelone parce qu’il est venu s’y installer avec sa femme et j’ai la chance qu’il soit dans notre groupe. Il a joué avec les plus grands, c’est comme Ramón… On dit toujours que quand tu fais de la fusion, tu peux mélanger beaucoup de choses, mais certaines choses tu ne peux pas les oublier. La base, tu ne peux pas l’oublier. C’est comme si tu parles avec Bob Marley, il te dirait que dans le reggae, il doit toujours avoir la base, après tu peux chanter en français, espagnol, mettre des trompettes, un scratch, un rap, un chant gitan… mais la base tu ne dois pas la perdre. Je crois qu’on a tous notre personnalité, je crois qu’ Amparanoia, Macaco, Ojos de Brujo chacun a sa personnalité et est digne. Ce n’est pas quelque chose qui s’improvise du jour au lendemain. On a écouté l’héritage des maîtres, les ciments de la musique.


Pour finir, comment arrives-tu à parler si vite dans tes chansons ?
Ce sont des jeux de mots. D’un côté, j’aime les jeux rythmiques. Dans la rime, j’ai plusieurs influences. On dit que le hip hop est né à New York mais les rimes, non, ce n’est pas vrai. Dans beaucoup d’autres cultures, les rimes avec le chant, le fait de jouer avec les mots de manière rythmique, si tu veux tu peux l’appeler le rap, existaient déjà, par exemple dans les tanguillos, dans le flamenco, si tu écoutes l’ancien flamenco, il y avait déjà des femmes qui jouaient avec les mots. Une autre culture qui me plaît beaucoup aussi c’est la tradition du ragga muffin qui vient de la culture jamaïcaine, avec l’espagnol on peut jouer beaucoup avec ça. Moi, je ne cherche pas le jeu avec la rime mais j’essaie à ce que les mots aient du jus, évitant le monotone. Beaucoup de gens dans le hip hop ne me plaisent pas. Parce que quand ils font du rap, ils utilisent toujours la même base. Moi, je préfère que les gens interprètent et jouent avec les mots, il ne s’agit pas non plus de courir mais d’interpréter. Il y a un thème très joli, moitié flamenco moitié indou avec une base de hip hop dans le disque de Ojos de Brujo qui s’appelle Quien engaña no gana (Qui trompe ne gagne pas), où je fais du rap, pas très vite, j’aime beaucoup l’intention, je chante très près du micro comme si je parlais à l’oreille des gens, il a un climat sombre qui me plaît. Donc j’essaie de sortir le jus des mots pas par la vitesse mais par la façon de les dire.

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