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[P18] |
P18 |
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| Interview avec Tom Darnal de An'So & Ju, AVRIL 2003 |
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Que signifie P18 ? Ca veut dire Paris 18ième arrondissement, ou Patchanka. Mais nous n'avons pas vraiment réfléchi au nom. Au départ chacun bosser dans la cave, mais on ne voulait pas réfléchir à un nom de groupe et « marketer ». L'histoire, c'est que nous mettions sur les cassettes que nous enregistrions P18. Nous sommes restés à ce nom là. Vous avez sorti un premier album « Rumours of War » qu'il est difficile de trouver aujourd'hui. Quelle est l'histoire de cet album très solidaire avec le mouvement zapatiste ? C'est deux amours : l'un pour la drum and bass, et l'autre pour le mouvement zapatiste qui à l'époque était nouveau. J'étais allé au chiappas en 1990 et au début de l'année 1994, 3 jours après le soulèvement. La poésie et la teneur des discours m'avaient imprésionné. Ce mouvement révolutionnaire aussi car il n'était pas accès sur la lutte armée comme les brigades rouges outre autre. Il y avait une certaine sagesse indienne qui sous entendait « on prend les armes car c'est l'ultime solution pour nous faire entendre. Mais ces armes sont des pauvres pétoires. Nous préférons nous battre avec les mots ». J'ais un problème avec l'engagement politique de l'artiste. Il me semble qu'il faut mieux donner le micro à ceux qui ont des choses à dire plutôt que reprendre leurs idées. J'ai donc choisi d'intégrer des phrases de discours et des slogans sur la musique. On a fait cela, mais Rumours of war ce n'est pas que cela. C'est une espèce de compilation. A l'époque il y avait des artistes à Paris qui faisaient de la drum and bass, de la techno un peu hard core comme les «pushy», les «DKP» et personne n'arrivait à sortir son disque. Alors je m'en suis chargé. On a tout réuni et on a sorti le disque sous le label de Fermin Muguruza. Ça a pas donné grand chose. Je vais récupérer l'album et le mettre sur le site de P18. C'est aussi bien comme ça. Dans les année 1992, on dit que Tom Darnal a échoué avec son sampler sur Cuba. Peux-tu nous raconter l'histoire de la rencontre avec la famille Teuntor ? En 1992, c'était l'époque de Cargo 92 avec la Mano Negra. Y avait eu quelques dates à Cuba. Juste après la date de la havane nous avions 10 jours de repos. Je voulais rester pour rencontrer un des cousins de barbaro Teuntor. Je me sentais bien avec la famille qui m'a invité à rester un peu à Cuba. Une amitié est née et j'ai été plusieurs fois invité à venir chez eux. En 1996, quand on se revoyait on faisait des bœufs. On m'invitait à former un groupe mais c'était un espèce de rêve. C'était en plus pas trop possible. Barbaro était avec la Sierra Maestra, moi j'étais encore dans la Mano. Puis je commençais P18 dans la cave du 18ième parallèlement. J'en ai eu mare du Home studio au bout d'un moment. L'impulse physique qu'il peu y avoir dans la musique commençait vraiment à me manquer. Avec la famille, cette impulse était là. C'était très chaud à chaque fois. Je me suis dis que nous allions faire un espèce de groove afro-punk, techno et on verra bien ce que ça donnera. La salsa je sais pas faire. J'ai appris à jouer de la guitare avec les Sex pistol et les Ramon et je me suis dis que c'était pas aujourd'hui que j'allais à apprendre à jouer du piano et tous ça ! Ils me disaient qu'il n'y avait pas de problèmes et que chacun sait faire ce qu'il sait faire. A l'époque les plus jeune avaient 18 ans. Mais nous nous sommes lancés en pensant que l'énergie primerait sur la technologie ou la musicalité. C'est ça que nous voulions faire La jungle, électro ou la techno, on emploi un terme plutôt qu'un autre si on est ou pas spécialiste, parait assez incompatible a priori avec la chaleur de la musique cubaine. Le mélange de ces divers musiques par P18 était un pari passé entre vous ou étais-ce vraiment ce que vous vouliez faire dès la formation du groupe ? Quand on a commencé à mélanger avec la « mix tape », on s'est dit que c'était faisable. Il peu y avoir une musique qui joue sur un ton pendant que nous chantons sur un autre. C'est atonale. On s'est pas vraiment posé de question malgrès que j'étais novice dans les styles électro actuels. Lors de la Mano j'avais mis le développement de ma culture électro en parenthèse mis à part quand nous allions à Londres dans les années 90. Il y avait l'époque « Pro-DJ ». Mais j'étais pas à fond. Je mixais pas, je n'allais pas tous les mercredi à la boutique de disque pour acheter les nouveautés. P18 me paraissait une bonne idée. Tu mets une rythmique et ça chauffe dessus. Tu monte un peu le pied une piste , un écho, un effet et tu peux chanter dessus. Ca me paraissait une bonne solution pour faire une musique universelle. Mais parfois c'est bien et d'autres fois c'est mauvais car ça laisse une grande place au feeling et à l'improvisation. J'aime bien ça. Avec un peu de recul tu penses que vous avez plus pénétrer la scène cubaine avec l'électro ou la scène électro avec la musique cubaine ? Je penses que nous sommes plus dans la scène cubaine que dans la scène électro. Dans le domaine électro, les musiciens sont assez rigoristes. Au début on me reproché qu'il y avait trop de choses jouées, trop de chants, trop de percussions. Je n'allais pas dire de jouer moins de percussions à des cubains. Ici, il y a un peu de réticences et de dédain. A Cuba, nous n'avons pas ce problème et beaucoup apprécient le mélange et ils sont très intéressés. Quand nous sommes partis aux Etats-Unis, nous avons rencontré des personnes importantes dans le domaine de l'électro et de la house. Elles nous ont dit apprécié notre musique et vouloir faire ce genre de mélange. Le problème qui leur était posé était le manque d'influences cubaines. Ça nous a assez consolidé et encouragé dans notre idée musicale. Comment c'est passé l'enregistrement d'Urban Cuban ? Il donne l'impression d' être un voyage musical avec des détours vers la Colombie et des arrangement de Toto la Momposina. Le projet a pris du temps et comment a t'il pu avoir lieu ? Il a pris du temps. Au début Urban Cuban et Rumours of War devaient être mélangés. Ça devait être un album basé sur le concept du voyage un peu comme Pink Floyd. Un peu une Amérique Latine de Zapata et Che Guevera mélangée. Puis personne ne voulait sortir le Cd car les titres passaient d'une Drum and Bass à de la chanson française. On a divisé les deux. Après il y a eu la mode de la musique cubaine. On m'a dit finalement que mon album était finalement pas si mal (ah ah ). Ça a pris du temps mais je n'étais pas pressé. On avait vraiment un petit studio dans la cave de Patchanka. Je savais que ce n'était pas prêt. Il fallait encore gratter, descendre dans un studio. Je voulais absolument rester auto-produit. Ca a un petit peu de limites. Je voulais que nous avancions petit à petit pour faire un l'album qui ne soit pas baclé. On a fini par le faire. A l'inverse de groupe comme Sin Palabras qui reprennent des semples de morceaux antérieurs, on sent une recherche musicale de la part de P18, une recherche. De plus P18 laisse largement la place aux instruments et n'utilise pas que des semples. Comment vous fonctionnez pour enregistrer un album ? Nous prévoyons à l'avance ce que nous allons faire. Quand on va à Cuba et qu 'il y a des cessions de violons à faire, on les enregistre. Il y a aussi des choses qui se passent par hasard comme pour les violons de l'Orquesta Aragon. Je voulais des violons et je ne connaissais pas de violonistes. Ils ils enregistraient juste avant nous dans le studio alors je leur ais demandé de jouer pour P18. Ils ont accepté tout de suite. Nous donnons beaucoup de place à la musique . j'essais même d'enlever au maximum le semple car c'est pas aussi bien. Puis tu peux faire des cessions d'instruments et le sempler derrière. Comme ça c'est de la matière neuve et ca fait moins surgelé. Tu présentais le dernier album de P18 « Electropica » comme une cité perdue. La Havane et à Cuba il y a des personnes qui ont pensé l'île comme un nouveau paradis a l'époque socialiste. Ca n'a pas marché et des architectes se sont pris le tête pour construire des cités et un urbanisme nouveaux et adaptés au tropicalisme et aux nouvelles technologies. Ils se sont arrêtés en plein chantier. J'ai senti cette volonté de construire un monde nouveau et que ca n'a pas été complètement abouti. Ce qui me passionne à la Havane, ce n'est pas les vieux immeubles qu'on voit dans la Buena Vista social Club, c'est plus les choses un peu modernes et sixties qui sont très agréables à vivre mais qui ne sont pas finies. La dernière fois que je suis allé à la havane je me suis vraiment penché sur ce côté là de la ville. Il y avait beaucoup d'architectes d'Italie et d'Amérique latine qui ont travaillé sur l'urbanisme de la havane. C'étaient des communistes qui avaient été attiré par cette idée de cuba. Les projets ont plus ou moins abouti en fonction de l'argent qu'il avait ou pas. Il y a dedans un espèce d'élan moderne, nouveau et post colonial. Ces personnes pensaient vraiment faire de l'urbanisme un projet tourné vers le prolétariat pour qu'il puisse vivre bien et dans de bonnes conditions. Mais ça s'est arrêté en cour de route car l'histoire est ce qu'elle est. Electropica, c'est un peu ça. Cette idée d'urbanisme mais abouti avec des capteurs solaires, des éoliennes, un électropicalisme urbain. L'album est un peu plus radical dans les sonorités électroniques tout en explorant le style africain aussi ? C'est vrai, c'est un peu le rendez-vous manqué du premier album. Je connaissais beaucoup de morceaux afro-cubain et de la santeria de Cuba. Je n 'étais tout de même pas assez imprégné pour partir sur cette base tranquillement. C'est avec le temps que j'ai pu les mélanger avec l'électroniques. Puis les critiques appréciaient en général ce côté du mélange. J'ai été aussi influencé par le réalisateur de l'album, Laurent Cola, qui est très House et qui connaît très bien le domaine. Il a saisi la connexion qu'il pouvait y avoir entre l'Afro-cubain et la house. Nous nous sommes donc lancés sereinement. Il était collectionneur de ce genre de musique et nous avions en plus le matériel sonore de base pour réaliser ce mélange. Dernièrement nous avons rencontré Tomas Arroyos des Dusminguet qui est aussi un ancien de la Mano Negra. Quelle peut être l'influence de la Mano Negra sur ta carrière avec P18 ? C'est tout l'aspect Live de la musique. Il y a une connexion claire car quand t'as fait parti de la Mano, tu peux pas continuer à faire de la Mano. Tu es obligé d'aller plus loin que du ska rapide. Cependant si tu poursuis la démarche artistique qu'on avait avec la Mano, t'es obligé d'arrivé à du P18, à du Manu Chao parce que tu peux pas refaire la même chose. Il vaut mieux que King Chango fasse de la Mano Negra et que nous nous arrêtions. Ca faisait longtemps avant la Mano que je voulais faire de la musique avec beaucoup de percussions. La famille Teuntor m'a permis d'explorer ce terrain là et c'est ça la relation logique avec la Mano. C'est de continuer de chercher. J'ai beaucoup donner d'influence reggae à la mano mais c'était plus gratifiant de faire autre chose pour moi. Quel but poursuis-tu par le biais de la musique, y a t'il un message que vous essayez de véhiculer par la musique ? Nous essayons de transmettre cet espèce de communions, de bien-être. Nous sommes tous différents et à la fois pareils. On a tous notre vie. On est plus des teenagers mais on est réunis par cette musique qui fait voyager, qui véhicule de bonnes chose. Je pense que le rôle de l'artiste engagé n'est pas forcément d'expliquer que la guerre c'est con ou qu'il y a des injustices sociales, ou alors t'es très jeunes. J'ai plutôt envie de faire partager les moments de bonheur que j'ai eu dans ma vie afin de proposer des horizons nouveaux. J'ai envie de projeter au public des perspectives d'un monde meilleur. C'est ça que j'essaye de faire plus que de véhiculer un discours militant dont l'existence est importante, mais l'artiste ne doit pas forcement aujourd'hui jouer ce rôle qui est très largement occupé par des associations qui font très bien leur travail. Tu dis cela alors que sur l'une de vos baffles, il était inscrit «US ARMY GO HOME» ! Parfois ça va quand même trop loin et il faut dire les choses, c'est vrai. [haut de page]
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