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[CHANGO FAMILY] |
CHANGO FAMILY |
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| Interview avec Lundo de RadioChango, FEVRIER 2004 |
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Lundo, tu es membre du groupe " La Chango Family " basé au Canada. Quelle est l'histoire de la Chango Family ? C'est d'abord une histoire d'amour entre deux membres du groupe, Marouchka et moi puis une histoire d'amour avec les voyages. Nous avons vécu au Mexique pendant trois mois, avec les gens là bas, apprendre l'espagnol et apprendre surtout une autre façon de voir la vie. Nous sommes rentrés par la suite à Montréal avec l'idée de faire un groupe et l'envie d'essayer de faire passer le voyage, les rencontres et le partage par la musique. Comment présenterais-tu la musique de la Chango Family ? C'est un couscous royal ou comme je viens du sud, une bouillabaisse festive. Un mélange d'influences, d'épices, de langues et de rencontres. Quelle est la composition du groupe ? Il est à géométrie variable. On fait parfois des concerts acoustiques ou des concerts gros sons. On est un collectif de 8 à 12 personnes. Sur certains gros show ou grosse fête qu'on organise on peut être jusqu'à 20 sur scène. Comment un groupe comme la Chango Family, qui propose de la musique métissée et qui s'exprime souvent en espagnol peut atterrir à Montréal ? On s'est rendu compte pendant les voyages qu'il était important de faire passer autre chose que ta langue maternelle dans ta voix car ça donne une autre couleur. Il y a d'autres émotions qui s'arpègent à l'intérieur de toi ? C'est ça qui nous a permis de créer une identité de plus en plus forte, de plus en plus personnelle. En laissant pousser des graines d'autres pays à l'intérieur de nous, notre façon de percevoir le monde a évolué. Pourquoi ce nom, la Chango Family ? Nous étions au Mexique avec Marouchka, et elle était enceinte de notre premier enfant, Théo. Le mot Family vient de notre petite cellule de base à tous les trois. On jouait tous les deux dans la rue, Marouchka étant enceinte. Un jour un mexicain m'a regardé et m'a dit " tu eres un chango ". Il voulait dire qu'on était là en train de faire les cons dans la rue, et au sens mexicain, Chango c'est ça : un singe, celui qui fait le bouffon, qui est un rigolo. Ca nous a plu car nous trouvions que ça avait une jolie sonorité et du sens. Ca vient nous chercher. Donc tout cela a donné Chango Family. Le groupe a débuté par faire du live ou il a directement enregistré un album ? On a commencé par le live, l'école de la rue, les petits bars. Laisser vivre des morceaux avant de vouloir les graver. Attendre le moment ou tu sais que tu n'as plus rien à ajouter. Pourquoi l'envie de faire un Cd à un moment donné ? On a cédé à l'envie justement car il y a un moment ou c'est bien de graver quelque chose, de rentrer en studio et de prendre le temps de faire un travail qui va être comme une photo qui va témoigner d'une certaine époque, d'un certain travail pour ensuite passer à autre chose. Puis un disc c'est essentiel pour être autre chose qu'un groupe de live. C'est faire sentir au monde qui t'écoute que t'es capable d'arrêter un peu le temps et pourquoi pas par un titre, de toucher un peu un petit moment d'éternité, si la vie te donne la chance. En dehors de la musique quelle est l'implication du texte dans la Chango Family ? On essaye par les textes de faire passer des choses qui soient ne pas forcement comme des slogans. On essaye d'être plus subtiles. Soit de se laisser bercer par la musique soit se rendre compte qu'il y a un texte qui est là aussi et qui peut donner des choses, des images, des histoires ou des réflexions. On n'a pas envie d'imposer un message. On préfère proposer quelque chose qui soit comme un voyage intérieur ou festif et qui ne plonge pas trop non plus dans l'actualité car elle est en évolution perpétuelle. Tu peux figer une chanson dans le temps en lui donnant un contexte ou des références qui seront trop précises. On préfère par le texte, essayer d'être concret par le détachement. On constate que depuis que le monde est monde il y a des mouvements de tyrannie, d'esclavage de peuple ou de circonstances ou dans les rapports à la nature, de matières naturelles et on essaye par les chansons d'exprimer ce coté commun, cet aspect que chaque époque comporte. Un poète perse du 12ième siècle est toujours aussi moderne aujourd'hui qu'il était à son époque car il a réussi à trouver des images ou paraboles qui sont signifiantes. Quelles sont les influences musicales de la Chango Family ? Avec beaucoup d'humilité et d'humour, on est des petits frères des Négresses Vertes et de Noir désir ou de la Mano Negra, c'est clair. Ce sont les influences qui nous ont touché directement et qui nous ont données l'envie de prendre une guitare et d'avoir le courage de se mettre un coup de pompe dans le cul et de faire des choses dans l'action, des choses concrètes au lieu de rien faire. Au-delà de vos engagements dans le texte, est-ce que la fusion musicale peut exprimer un message pour toi ? Ah oui ! L'habit d'Arlequin, le troisième terme…Le fait de dépasser le mode binaire et le manichéisme pour toucher une autre réalité, qui est plus belle. Souvent on te demande d'où tu viens. C'est une question vague. On est comme une goutte d'eau qui voyage avec les vagues. On n'a pas une identité qui est étampée de façon unique. Quelle est la notion d'identité ? C'est tellement flou que ça peut être très lumineux. Tu vis sur une terre, tu y souffres, parfois tu ne te reconnais pas dans des mouvements politiques ou sociaux qui concernent ton pays. Ca te fait souffrir. Au Mexique j'ai pris une grosse claque dans ma gueule. Puis j'en ais voulu à mon peuple car il y a des réflexions qui sont nées des rencontres ou tu ne cautionnes pas pleins d'affaires. Parfois tu vas te sentir plus proche d'un sénégalais que tu ne l'es de ton voisin. Car les cœurs parlent des deux cotés et s'enrichissent. Il y a comme une graine qui pousse à l'intérieur de toi et qui t'enrichie. C'est ta réalité. Comme un habit d'Arlequin. Tu as joué dans le Metro et dans la rue en te promenant avec nous à Barcelone. Qu'est-ce que ça t'apporte de jouer dans la rue ? La rue est le premier espace commun, en tout cas dans la vie urbaine. La rue c'est ce qui a sculpté le peu que je sais. Gratter un peu la guitare, chanter et avoir la patate quand je joue c'est la rue qui me l'a appris. Il faut pousser la chansonnette pour que les gens te sourient ou simplement soient attentifs à ce que tu as à leur donner. C'est cru la rue, c'est quelque chose qui est immédiat. Les gens sont dans leur tête et en n'ont rien à faire de ton son, et c'est ça qui est drôle. Ce sont des lieux qui ne se prêtent pas à ça. Mais en même temps les gens ont tellement l'habitude de consommer ou d'écouter la musique dans des sphères trop officielles, il faut toujours retourner à la rue même quand toi tu es dans ce tourbillon là, car c'est une façon de vivre la musique de façon simple. En rapport à ça penses-tu que la musique est un moyen privilégié pour communiquer ? Tout est privilégié pour communiquer. A chaque fois qu'on a une passion qui nous danse à l'intérieur, y'a des chances pour qu'on le communique et que ça provoque des belles choses. Mais c'est vrai que la musique est un véhicule spécial, qui permet aux gens de se lâcher, de faire la fête, de voyager ou d'avoir une chose ^proche de la sensualité, comme une jouissance qui fait du bien. C'est une chose qui se retrouve de partout. C'est la musique des mots, comme ce qui nous ramène à " d'où on vient " et à " comment on se projette dans ce monde ". Je lisais en venant à Barcelone un livre. C'était " le singe nu " de Desmon Maurice. Il parle de la façon dont les battements du cœur de la maman sont la première musique. Paraît-il que dans les moments difficiles, on essaye de retrouver ce balancement originel. La musique c'est ça. C'est retrouver ce balancement originel pour trouver l'harmonie. Il y a 200 ans, la musique était connue plus comme un vecteur d'amusement. Aujourd'hui elle est vecteur de fête mais propose souvent, au-delà de ça, de prendre conscience de certaines réalités. Il y a un joli mot qui vient de la langue espagnole et qui a donné ensuite un autre dans une langue africaine, c'est le griot. Celui qui voyage de place en place et qui donne les bonnes ou moins bonnes nouvelles. Avec la musique c'est ça. Elle voyage et parle aux gens. Avoir quelque chose à dire est important pour nous. Même si on le dit de façon abstraite ou sur le ton de la rigolade. Mais il faut toujours avoir le souci de respecter les gens en leur donnant le plus beau de toi-même. Comment tes origines françaises sont présentent dans ta musique et comment celles des autres membres du groupe sont présentent ? L'influence française est là. Elle est belle et apportée par des grands comme Gainsbourg, Brel, Cantat ou Ferré. Ca se retrouve dans nos jeux de mot, dans une façon de rigoler avec le langage et d'essayer de le faire d'une façon impeccable. Dans les plumes francophones il y a eu du monde qui ont fait des choses magnifiques. Même si pendant un temps le son français a été boudé, ça change depuis un petit moment. Oui on a reconnu en Amérique latine des gens comme Brassens. Ca a parfois pris du temps mais il faut remercier ceux qui travaillent dans les musiques du monde de donner l'envie à quelqu'un qui ne comprend pas au départ, de vouloir mieux te comprendre pas le son et après par les paroles. Ecouter tout ces grands de la musique française ça donne l'envie d'écrire de belles chansons et de revenir 100 fois sur l'ouvrage pour que la rime soit signifiante et que la musique d'une chanson tienne la route. Ensuite tu te laisses emporter par d'autres choses, d'autres sons, d'autres folklores, d'autres approches. Les sons manouches de l'Est m'ont toujours très touché, ceux de l'Espagne également, de l'Afrique aussi beaucoup. Après il y a nation de voyage qui t'emmène dans une initiation ou tranquillement par les discussions, le partages, les bœufs, ton identité musicale s'enrichie. Chango Family c'est né de tout un processus. En France je jouais dans les rues avec des amis, deux mois sur les routes, de la Bretagne en Espagne. Après on est venu en Québec avec un groupe qui s'appelait Clan destino. On écoutait Manu Chao à une époque ou cet album s'écoutait de partout et on avait fait pareil. On allait dans les petits cafés. Ca était ça l'énergie de base. J'ai vécu longtemps avec la manche et la musique. Cette école de la rue a été la pierre de touche de tout ce qui m'est arrivé par la suite. Même des petits coups de chance, des petits moments de bonheur. Au Québec quand on a tourné avec Clan destino dans des festivals, dans des bars, si ça c'était su, on se serait fait jeter. On a eu une bonne étoile. Et tranquillement j'ai eu l'envie de rester en Québec quand j'ai rencontré Marouchka et puis de fonder une famille. Clan Destino s'est brisé à cause d'un tourbillon rock en roll. Puis après on est parti au Mexique. On s'est laissé gagner par toutes ces belles influences et on est revenu au Québec assez murs pour fonder cette famille. On est 7 à 12 personnes qui sont tous des voyageurs. Notre violoniste qui est originaire de l'inde est en ce moment là bas pour apprendre de la musique classique de là bas auprès de maîtres qu'il a connu lors de ses précédents voyages. Notre batteur, Silvio Gonzales est en ce moment aux Antilles avec son frère pour bâtir un projet. Le bassiste reste avec notre nouveau guitariste pour construire les nouveaux délires qu'on cherche. Notre claviériste a plus un bagage funk. Marouchka a vécu les 10 premières années de sa vie en Cote d'Ivoire et ça a beaucoup marqué nos influences. C'est un travail collectif. Ce qui peut résumer notre approche, c'est qu'on travail tout en famille même si la mélodie et mes textes sont souvent la base. Ce qui est drôle, quand on a joué sur des festivals, des membres de la communauté latine ou africaine sont venus nous voir en nous prenant dans leurs bras en nous disant merci de chanter en Wolof ou en espagnol et c'est émouvant de voir que des personnes dont c'est la langue d'origine, à l'inverse de toi, te disent ça. C'est le plus bau cadeau de la vie. Comme une preuve que pleins de gens sont prêts à l'ouverture et qu'il suffit de faire un pat? Tu es parti de la France pour le Québec. On dit que c'est la petite France du Canada. La société québécoise est différente de celle de la France ? Comment ça se passe là bas avec ta musique et tes textes ? Au Québec il existe une ouverture qui est due à un pays jeune dans son histoire et dans sa culture après un asservissement par la culture canadienne, anglophone ou française. Cette notion de petite France au sein d'une Amérique du Nord peu semer un malaise dans le sentiment de culture et peuple originaux. Et ils le sont. Dans tous les domaines artistiques. C'est un peuple très festif et très accueillant. En même temps, ils ont l'humilité dans les sphères de gauche de se rendre compte qu'en peu de temps une immigration montante remet en cause leur identité. Cela pose des questionnements profonds. Et ça en fait un pays agréable. Penses-tu que le groupe Chango Family aurait pu se former en France ? Je ne pense pas. C'est étrange. Le chemin de la vie est comme un brouillard qui s'éclaircie petit à petit. J'ai fait plein de truc en France. Comme je fais toujours. La vie est courte il faut la vivre intensément. Il n'y avait pas la même réception au départ. Nul n'est prophète en son pays. Je veux pas devenir prophète mais des fois t'as un truc qui sera mieux accueilli ailleurs. Peut-être car tu te mets dans une autre réalité avec ton épice à toi, ton individualité, et loin des pressions sociales qu'étaient celles de ton peuple tu peux donner un nouveau délire qui peut parler au monde. C'est pour ça. Chango family devait se faire au Québec. Ca va te faire rire mais c'est ce que m'avait dit une vielle manouche. Quels sont les projets de la Chango Family ? Y'en a plein. On vit à une époque où enfin on se rend compte qu'on est capable de faire pleins de trucs. On a pas envie d'être simplement un groupe. C'est la base. Mais on veut être polyvalent. Des concerts avec de la bouffe, de l'artisanat, des cirques, de l'image. Essayer de créer. Même s'il n'y a pas de succès. On s'en fout. Il faut essayer. Petit à petit on arrive à être fluide et à rendre les gens heureux. [haut de page]
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