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[EL GAFLA] |
EL GAFLA |
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| Interview avec Karim de An'so & Ju, AVRIL 2003 |
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Que signifie EL GAFLA ? C'est la caravane du désert. Pourquoi avoir choisi ce nom ? J'ai vécu dans le désert algérien avec les touaregs. Je l'ais aussi traversé en dromadaire. C'est un peu l'origine de ce nom car El Gafla, car c'est une sorte de dialecte algérien. J'ai eu la chance de pouvoir faire cette traversée en dromadaire, et c'était très passionnant. Quel lien fais-tu entre ce nom et votre musique ? Dans une caravane du désert, il y a le dromadaire qui transporte du lait, celui qui transporte la farine, celui qui transporte l'eau, des métaux, etc. Ca m'a inspiré car dans le groupe, il n'y a pas que des algériens. L'Algérie fait partie de ma culture et donc tu peux la retrouver dans la musique d'El Gafla. Je parle très bien l'arabe et le kabyle car je n'en suis parti qu'à l'age de 22 ans. J'ai essayé de faire en sorte que El Gafla ressemble à la vraie caravane du désert, même installée dans une grande ville comme Paris. On est 8 dromadaires sur scène avec chacun sa palette musicale et ses influences culturelles. Chacun a un instrument différent. Le but était de faire une formation un peu originale. El Gafla s'est formé à Paris avec un mélange réunissant la musique populaire algéroise, française, latine, etc. Peux-tu nous décrire cette fusion de styles ? A la base je faisais parti d'un groupe où il y avait du clavier, des guitares électriques. Mais je ne m'y sentais pas à l'aise. Avec El Gafla, l'idée était de monter une formation 100% acoustique. C'est la raison pour laquelle on retrouve ces musiciens et pas d'autres. Il y a le violon, l'accordéon, la guitare acoustique, une basse électrique c'est vrai mais nous sommes en train de travaillé sur l'introduction d'une contre-basse. Il y a une derbouka et un cajun également. Le but était de mélanger toutes ces cultures avec la culture française ou occidentale qui fait partie aussi de ma culture. Je pense que toutes ces influences se marient très bien. Il y a de l'italien, de l'espagnol. Chacun devait amener sa couleur et sa richesse pour la mélanger et en faire quelque chose de beau. Comment s'est réalisée la formation du groupe ? C'est le résultat du hasard. J'ai connu la plupart des musiciens dans des bars. Ce qui était drôle c'est qu'une fois que je leur ais expliqué le projet, ils ont tout de suite accepté. C'est comme ci on s'attendait tous. Nous étions tous dans des groupes différents mais c'était comme ci chacun savait que ce n'était pas un véritable aboutissement de leur savoir et instinct musical. Peux-tu nous présenter les musiciens d'El Gafla ? Il y a B Roy à l'accordéon, Bastien au violon, Hakim à la basse, Mazir à la derbouka, Ricardo au cajun, Enzo à la guitare, Franck au saxe et moi au chant et à la guitare. Quelles sont les raisons de l'engagement politique du groupe? Vous avez des paroles qui parlent de problèmes sociaux et culturels. Je ne me considère pas comme un poète. J'essaye d'écrire ce que j'ai vécu et je fais part de mon regard sur les réalités qui me touchent aujourd'hui. Tu penses qu'un musicien doit forcement être engagé ? El Gafla aurait pu s'arrêter à son engagement musical et à la fusion des styles ? J'ai du mal à avoir du recule sur notre engagement. Il est né naturellement. Nous pouvions nous orienter vers des chansons d'amour ou autre. Mais l'engagement fait partie de nous et il surgit des paroles automatiquement. J'aurais pu avoir que des algériens dans le groupe mais je cherchais autre chose. Pour toi la musique est un vecteur d'amitié, de prise de conscience par le biais des paroles ? Quel rôle assignes-tu à votre musique ? Nous essayons d'expliquer nos cultures pour que les gens n'aient plus peur des différences. Nous essayons d'expliquer que dans d'autres pays il y a des personnes qui font des choses bien. Ici en France j'ai eu la chance d'exercer mon métier en toute liberté. Ici je peux m'exprimer, critiquer mon gouvernement sans être censuré ou sans avoir des problèmes avec la police. Alors nous utilisons cette possibilité tout en montrant qu'on a la joie. On a la joie malgré toutes les difficultés que nous avons pu rencontrer chez nous. Nos textes sont parfois très difficiles mais ils sont festifs en même temps et ils ont une mélodie entraînante. C'est une sorte de recherche d'équilibre. Je préfère que les gens dansent plutôt qu'ils pleurent. Une fois, lors d'un concert, il y avait une femme algérienne qui avait 50 ans. Elle est venue me voir à la fin du concert en larme. Elle m'a dit que notre musique faisait danser mais ce qui est beau c'est qu'elle m'a aussi fait pleurer. C'est ça que nous recherchons. Nous voulons expliquer les cultures car il y a plein de personnes qui ne les connaissent pas. La peur de l'autre vient d'un manque de connaissance. Quels sont les projets d'El gafla ? A court terme, c'est de faire pleins de concert. A long terme, nous ne sommes pas gourmands. Nous voulons seulement faire partager notre musique avec le plus de monde possible. Nous ne recherchons pas la gloire. Est-ce difficile de mener un projet tel que le votre aujourd'hui ? Oui et non. C'est difficile quand t'es tout seul. C'est vrai pour tous les projets. On a beaucoup d'aide bénévole. Nous n'arrivons pas à vivre de notre musique. Mais je suis confient car les gens qui nous aident gratuitement le font car ils sentent qu'il y a quelque chose de vrai et que ça a du sens de nous aider. Nous avons de plus en plus de monde à nos concerts. Tu penses que El Gafla puisse changer dans sa formation dans les années à venir ? Je pense qu'elle ne changera pas mais qu'elle va s'agrandir. J'espère. Si on avait les moyens, j'aimerais qu'on soit une vingtaine de musiciens de plein de pays différents ! [haut de page]
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