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DUPAIN

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  Dupain Dupain Entrevue avec les Dupain
 de An'So, AOÛT 2003
 
Dupain

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Pourquoi avoir attribuer le nom "Dupain" à votre groupe ?
Samuel :
Le pain, c'est la revendication des pauvres gens... Au départ avec un collègue on avait fait une blague, ca date de l'époque où on faisait de la musique expérimentale... Il avait fallu trouver rapidement un nom, et Dupain c'est rigolo car ca paye pas de mine, ca ne s'impose pas comme un truc du grand bisness, ca reste modeste, il me semble que c'est ca l'idée.
Comment c'est passée la rencontre musicale, elle doit être à l'image de votre musique ?
Sam :
On s'est rencontré à l'A.N.P.E. (l'Agence Nationale Pour l'Emploi)... Non, en fait Samuel et Pierre-lau se connaissaient déjà et jouaient des morceaux expérimentaux, genre une minute et des trucs comme ca. Un jour ils sont venus au studio dans lequel je travaillais et on a commencé à jouer ensemble. Au mois de septembre 2001, Noël est entré dans le groupe. Avant on avait un petit séquenceur avec basse, percussions et accordéon... Puis on se l'ait fait piquer dans le train alors on est parti sur autre chose.

Samuel : En 1995, on avait monté un style de musique bricolée, Pierre-Lau était au synthé et moi j'étais à la percussion, après on a laissé tombé ce truc expérimental. Pierre-Lau s'est mis à la Vielle à roue et on a monté un espèce de trio de polyphonie provençale au nom de " guadchampegua" à Marseille. Par la suite on s'est remis à travailler avec Pierre-lau et on a fait une première cassette dans le studio à Sam dans lequel beaucoup de groupes de rail étaient enregistrés. On a fait un premier concert à 3 en 1998. Je faisais aussi du Rock dans le groupe Kanjaro'C, Noël faisait du reggae et on se connaissait car on vivait dans la même ville : Port de Bouc... Après le premier album de Dupain en 2000 on a monté un collectif au quartier de la pleine à Marseille avec des musiciens de Port de Bouc et de Marseille. Ca s'appelait Port de Boucan All Star, Noël faisait de la basse, Perre-Lau de la vielle à roue et moi j'ais commencé la mandole avec ce groupe là. On voulait vraiment abandonner le séquenceur car sur scène c'est trop rigide. Actuellement, c'est cette formule qu'on utilise... On s'amuse bien, y'a pas un concert qui se ressemble... Tu peux pas te reposer sur la machine quoi...

Noël : Ce qui s'est passé, c'est que je suis monté dans le train et j'ai moi-même volé le séquenceur.. Ah ah... je ne leur ais pas dit mais la vérité est là. Ah ah !

Sam : Ooooohhhhh, le voleur de séquenceur...

La musique des Dupain emprunte t'elle des idées à la musique ancienne des troubadours ? A Marseille il y a un mouvement qui prend par engagement des influences issues de cette ancienne musique d'origine méditerranéenne et occitane voire languedocienne...
Samuel :
notre musique à un rapport avec celle des troubadours dans le sens où notre musique est faite de la même façon... Elle est un pont entre l'orient et l'occident. C'etait le rôle des troubadours de l'époque. Mais eux, ils jouaient dans les châteaux pour la bourgeoisie, on ne se retrouve pas dans leurs textes sur l'amour courtois... Nous c'est plus une poésie réaliste et populaire. Musicalement, on ne cherche pas à s'affilier aux troubadours, si ce n'est dans la démarche de faire sortir notre musique du cadre géographique dans laquelle on est amené à la créer quotidiennement... C'est la culture de la méditerranée qui nous attire.

Vos textes sont en occitan, vos paroles sont engagées... c'est dommage que vous utilisiez l'occitan... Ca ne met pas en valeur et ca ne rend pas accessible vos engagements par le textes... Cela ne limite t'il pas l'utilité de vos paroles revendicatives ? Il faut avoir du courage pour choisir l'occitan alors que très peu de personnes ne la comprennent !
Samuel :
Le problème de la langue, est évident... Mais on est pas responsable de l'acculturation en France ! Si les gens ne comprennent pas l'occitan ne serait-ce qu'en Occitanie... Euh... C'est bien que depuis plus d'un siècle l'Etat français s'organise pour laisser pourrir les cultures ! On parle souvent d'américanisation de la culture ou des choses comme ca... mais la France a été la première à faire de l'uniformisation sur son territoire ! Donc la situation aujourd'hui c'est que peu de personnes comprennent nos textes... Il y en a quand même... Y en aura t'il de plus en plus ou de moins en moins... ? On sait pas... A Marseille de plus en plus de jeunes s'intéressent à la culture populaire, à la musique acoustique... C'est un peu une révolution, certains qui faisaient de l'électrique font de l'acoustique aujourd'hui... Les choses changent petit à petit. Nous ce qu'on fait, est peut être à l'avant garde de ce qui peut se passer plus tard.

Pierre-Lau : L'engagement, y a pas que ça... Quand tu choisis un instrument, tu choisis la langue dans laquelle tu vas t'exprimer. Avec la vielle à roue, c'est pas évident par exemple mais notre engagement n'est pas que dans le texte, il est dans l'acte d'utiliser des sonorités qu'on a plus l'habitude d'entendre... Une espèce d'alternative musicale avec de la diversité dans les instruments, les rythmes et les influences culturelles...

Noël : A chaque fois le pari, c'est d'aller chercher des mélanges nouveaux... Et on se fait violence ! C'est dure de dépasser le format musical utilisé en masse et qui est en plus le plus diffusé !

Samuel : Choisir ces instrument et cette démarche musical ne répond pas au marché actuel du disc... Nous avons pris tous les handicapes pour que ca foire en vérité... On chante en occitan... On a une vielle à roue... On essaye sans se soucier du reste... C'est une démarche honnête. Le faite de chanter occitan, c'est une démarche politique... Ca gène pas mal de monde... Après, moi je ne peut pas chanter n'importe quoi.

En quoi ca dérange et qui ca dérange le faite que vous chantiez occitan ?
Samuel :
certains perçoivent ca comme un replis des cultures sur soi même... Bon, on a fait la traduction des textes sur le CD et sur Internet... Je ne sais pas si c'est une bonne idée avec le recul... Mais c'est important pour celui qui accroche à notre musique et qui a la curiosité nécessaire pour se demander qu'est-ce qu'on raconte dans nos chansons de pouvoir lui permettre de savoir.

Avez vous des activités pédagogiques sur l'occitan ?
Samuel :
on est encore en train de l'apprendre... J'aimerais pouvoir faire des ateliers même sur l'apprentissage de la mandole, on a pas trop le temps... Quand j'étais animateur dans un centre social à Porc le Bouc, j'avais demandé à un collègue, Alexis de faire des cours d'Occitan... Mort de rire ! A Marseille, y'a un lieux où tu peux emprunter des livres en Occitan, l'apprendre... Mais y a aussi des conférences sur les grand problème d'aujourd'hui, car en fait aller vers l'occitan recoupe une démarche plus large... Refuser une unique culture ou démarche culturelle unique que la mondialisation économique essaye d'imposer... Ca fait partis d'une conscience sociale qu'il faut enrichir par l'action toujours de plus en plus si tu veux pas qu'elle crève.

Quelles sont vos inspirations musicales ?
Samuel :
Rythmes marocains, flamenco, Italie du sud... Toutes les musiques de la méditerranée et aussi les musiques qu'on est obligé d'entendre... La techno, je sais pas, la reggae...

Noël : Dupain, c'est aussi une musique de transe, la tradition occitane mais c'est un mélange sans définitions...

Pierr-Lau, pourquoi la vielle à roue ? C'est un instrument de musique classique à la base, non ?
Pierre-Lau :
C'est un instrument qui date du moyen âge, du sud et qui a voyagé en l'Europe. Mais elle prend l'origine que tu veux bien lui donner en fonction de ta manière d'en jouer.

Samuel : L'instrument devient ce que tu veux le faire devenir... Tu peux jouer de la guitare électrique d'une façon ringarde !

Noël : C'est comme le violon, c'est vu comme un instrument classique, mais tu le retrouve dans les musique populaire comme au Brésil, au Magreb...

Quand on écoute votre musique, c'est claire qu'on ne peut pas s'y tromper ! Elle est à milles lieux des musiques formatées et diffusées en masses ! Mais, beaucoup sont guidés par les musiques dominantes, dans l'acte d'achat d'un CD et dans l'acte de création de la musique du point de vue du musicien. Cette façon de jouer, est-ce une volonté qui est à la base de votre groupe, où est-ce une démarche qui s'est peu à peu imposée ?
Samuel : Quand on joue c'est plus le cœur qui parle, on a une ouverture volontaire vers la méditerranée. La façon dont on conçoit Marseille aujourd'hui c'est essayer de se comprendre les uns et les autres, d'échanger des choses... A Marseille, il y a une porte vers la méditerranée, pourtant certains y votent Front National... Nous si on se met en opposition par rapport à eux, on le fait musicalement... Il y a des gens qui sont entassés dans des H.L.M., des gitans, des turcs, des albanais, des lorrains... Tu vois c'est pas facile pour eux de vivre ensemble puisqu'ils ne se comprennent pas les uns et les autres. Nous on essaye d'ouvrir...
Le Tunisien flûtiste, Hamar, nous disait qu'il se retrouvait dans notre musique, c'est gagné pour nous ! On cherche à ce que les gens s'approprient notre musique.

Comment un groupe comme les Dupain, après tous ce que l'on vient de voir, signe dès le premier album, chez Virgin ?
Samuel : On a tout fait pour que ca foire, je te l'ais dit tout à l'heure... On a fait tout ce que les groupes souhaitent avoir : on a signé chez Virgin, on travail avec Corida qui est notre tourneur et manager et qui s'occupe aussi de Manu Chao, Zebda, Rita Minsuko, etc... Et aujourd'hui c'est une place privilégiée pour nous. C'est du développement sur le long terme. Si Virgin avait mi une grosse promo dès le premier album, c'etait fossé, alors qu'on a beaucoup de scène à faire en France pour être reconnu, car t a plein de gens qui nous connaissent pas. Mais on pensait pas signer chez une multinationale, on sait qu'elles bouffent le bisness des petits labels, des petits commerçants... Quoiqu'il y ait des petits trucs qui ont la mentalité des patrons de Virgin et autres industries. Dans les années 80, les groupes faisaient tout eux même, dans la vague alternative : production, création, diffusion. C'est ce que fait Virgin aujourd'hui... C'est une réflexion comme ca...

C'est une contradiction quand même...
Samuel : évidemment. On disait qu'on l'assumait sans savoir ce qu'il allait se passer, mais on a jamais eu de problèmes avec les gens avec qui on travail, donc on l'assume plus facilement qu'au départ. Mais le jour où on nous emmerde, voilà, on se casse... En même temps nous on est parti de rien... Le faite que les gens s'occupent de faire circuler le disc... Je pense que c'est bien de répartir le travail. Nous on est musicien, d'autre travaillent dans la diffusion du disc, d'autres dans la production, la promotion... Je suis pour la répartition des tâches. Dans la techno, avec un ordinateur, tu fais tout chez toi. Moi, je préfère le studio plutôt que de rester chez moi.

Noël : Si tu fais tout à la maison, tu fais travailler personne et tu fais pas de rencontre aussi. Nous, on en a fait pas mal, ce qui nous à permis d'avancer.

Samuel : Moi à l'époque, je chantais occitan et je disais "Paris, on t'encule !", pour nous pas de concert à Paris. Tout se passait dans nos quartiers. Mais tu avances pas. Ca, c'est se trouver un but fermé parce que tu t'ennuis dans la vie. Comme ces jeunes de nos quartiers qui rejoignent, par ce qu'ils n'ont pas trouvé de but dans la vie ou parce q'ils en ont trouvé un mais qu'ils ne peuvent y parvenir, l'islamisme de façon extrème. L'engagement est la chose la plus importante pour tout le monde, mais moi par exemple j'étais un peu étroit du cerveau. Puis on est allé travailler à Paris, on avait peur de Majors... On se disait qu'ils allaient nous exploiter... Moi ils m'ont jamais dit, faut parler français. On a rencontré des parisiens qui avaient des choses à nous apprendre... C'est là où la culture est importante.
Y a des questions que je me pose souvent... Petit à petit, j'arrive à avoir des réponses.

Vous jouez beaucoup lors de concerts organisés pour des causes particulières, dans des petits endroit qui n'ont rien d'une scène à priori et dans des pays pas toujours très faciles...
En octobre, on a été invité pour un concert de soutient de sans papiers, à Marseille. On a été invité, et pour nous c'est flatteur ! Parce que les gens ont compris notre démarche pour en arriver à nous inviter dans de telles circonstances.
On soutient les démarches comme celle-ci, les petits festivals militants où y a pas beaucoup de personnes mais où tout le monde se rencontre.
Quand on joue, on oublie où on est. On a joué dans des squats d'Italie du sud, des petits bars à Barbès à Paris... Tu joues de la même façon.
Dans certains pays, nos textes dérangeraient s'ils étaient parlés dans la langue officielle. Nos textes sont communistes, et s'il y avaient des policiers avec matraque. Aie...Mais on parle occitan, on chante pour la libération de prisonniers politiques dans des pays où on enferme les opposants.
C'est là où c'est tranquille de chanter en occitan ! Mais on peut pas donner de leçon, nous en tant qu'européen bien en chair et un minimum libre. Quant à Vitrolles il y a eu l'extrême droite, c'était pas à nous d'aller foutre le bordel. Mais s'il y a besoin d'aide, on veut bien aider et soutenir !

Merci

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