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[GNAWA DIFFUSION] |
GNAWA DIFFUSION |
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| Entrevue avec Amazigh Kateb de An’so et Ju, AOÛT 2003 |
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Comment est né Gnawa diffusion, es-tu proche de la culture Gnawa pour l’avoir à ce point intégré dans ta fusion musicale ? - Gnawa a été créé en 1992. Au départ je ne fait pas parti de cette culture Gnawa et c’est peut-être la raison pour laquelle je m’y intéresse autant. J’ai découvert le son Gnawa à l’âge de 10 ans. Quand j’étais petit je n’aimais pas la musique d’Alger et la musique du nord. Je trouvais ça vieux, lent et pas assez rythmé. Quand j’ai entendu la musique du sud, celle des noirs, je me suis reconnu dedans même si c’est pas ma culture d’origine. C’est celle-ci à laquelle j’ai envie d’appartenir. Après, c’est un choix qui a mûri sur le plan politique. C’est un dénominateur commun en ce qui concerne les problèmes du Maghreb qu’en il s’agit de parler de berberité, arabité, l’occidentalisation, la modernité ou la tradition. C’est un socle qui met tout à niveau et qui permet d’avancer sans être parti prenant de tel ou tel truc mais en faisant un synthèse plutôt triée de ces différents apports. Mais Gnawa est un concept large. J’ai eu l’idée à un moment de faire un mélange avec des brésilien avec un peu de capoera. Pour moi c’est Gnawa aussi. Avec un blues man ça serait aussi dans le même cheminement de la réflexion. Les musiques de la déportation m’intéressent en général. C’est comment rester soi même ailleurs. L’histoire des gnawa est un exemple pour toutes les immigrations. Ceux sont des gens qui vivaient en état d’infériorité totale et qui ont pénétré le tissu social d’une manière très intelligente. Et maintenant il font parti de notre tissu culturel et social et même parfois ils arrivent à nous faire peur par leur coté mystique et un peu sombre, un côté africain qui s’explique historiquement qui fait que le blanc a conscience qu’il y a une revendication d’ancien esclave ce qui provoque des crainte. Tu retrouves ca dans beaucoup de phénomène d’immigration comme aux Etats-Unis avec les Blacks qu’on a ghettoisés. Mais quand on parle de culture américaine aujourd’hui, la culture africaine s’y trouve en majorité coté influence. C’est la même chose pour toutes les minorités immigrées. C’est l’avenir de la culture pour moi car on ne peut plus lla fragmenter aujourd’hui, toi tu peux pas dire que t’es de culture française et moi je ne peux pas dire que je suis de culture algérienne. Y’a plus rien d’exclusif. Plus on voyage et plus on communique, on s’aperçoit que sa culture on la construit tout les jours. Comment s’est passé la rencontre entre les musiciens du groupe et évolue t’elle au fur et à mesure des années? - La rencontre était plutôt scabreuse car on a monté le groupe pour une audition au départ que d’ailleurs je n’avais pas envie de faire. Une personne de Grenoble m’a tanné deux années de suite pour que je me présente à un salon du jeune spectacle vivant. En 1992 j’ai cédé et j’ai réuni les seuls musiciens que je connaissais. Au départ il y avait du trombone, des trompettes, pas de Guembri ni de batterie. Il n’y avait rien de tous les instruments gnawa d’aujourd’hui. Au début on était 11. On est passé à 9, 8 et on a même était 6 à des moments. Ca a beaucoup bougé depuis ces 10 ans. Pour le dernier album, c’est une nouvelle formation encore. Peux-tu nous raconté ta rencontre avec le guembri et son origine ? - C’est un instrument que j’ai rencontré tard et un peu malgré moi. Je connaissais le nom et le son départ mais cassettes que j’avais à la maison. Comme je chantais, il me semblait que se qu’il était plus simple pour moi c’était de faire de la percussion tout en chantant. Mon ancien percussionniste est revenu de vacance un jour en ramenant pour mon anniversaire un guembri. C’est avec celui-ci que je joue encore. C’est là que j’ai commencé. S’il n’y avait pas eu ce cadeau je n’aurait jamais appris car c’était un truc trop mystique pour moi. Quand il me l’a offert, je ne l’ais pas lâché pendant huit heure et tout en fumant des pétard, j’essayais de sortir un ligne correcte. Quand j’ai débuté je jouais sans avoir la technique qu’un maître est censé te transmettre et j’avais toujours les mains en sang. Quand je suis allé au Maroc en 1997, je suis allé faire une rencontre avec des gnawa traditionnels et quand ils m’ont vu joué comme un ça, ils m’ont appris la vrai technique. Le guembri est une caisse en bois avec une peau de chameau dessus qui fait aussi percussion. Il comporte trois corde qui sont faite de boyau. C’est une sorte de basse proche des instruments du moyen age car il y a une corde sympatique, c’est une corde qui résonne au milieu. Elle est mono tonale. Tout l’accorde en ré, tu joues en ré. Si tu veux du mi, tu l’accorde en mi. C’est un instrument qui est vraiment fait pour accompagner la voix. Le trait caractéristique de Gnawa diffusion c’est la fusion. Reggae, Raga et Gnawa… On écoute beaucoup Gnawa en Europe pour son coté Reggae et au Maghreb pour son coté gnawa. Tu soulignes souvent l’origine de la culture jamaïcaine et les liens historiques qu’elle a avec l’afrique. Tenter de une plus large reconnaissance de ces liens qui unissent les cultures est une volonté de base du groupe ou est-ce une revendication qui est née après avoir réfléchi sur la musique que tu proposes ? - C’est marrant que tu parles de fusions car quand on a commencé c’était ce que nous voulions faire. De la fusion. Les quatre premières années, on a fait du collage horrible. C’était inécoutable. On croyait pas vraiment à ce qu’on faisait. Alors on décidé d’arrêter la fusion. Et on s’est mis à faire des chansons. La fusion se dégage à partir du moment ou tu as une ligne directrice commune et à partir du moment ou chacun amène sa couleur. Mais je pense que toutes les musiques sont des fusions. Après l’esprit de la diffusion Gnawa c’est effectivement essayer de casser le carcan maghrébin plus orienté vers le nord. Très souvent les maghrébins se revendiquent plus comme arabes que comme africains. En réalité quand tu regardes la position des arabes sur le continent africain, un irakien ou un syrien est un africain. Ok t’es islamisé mais t’es un africain. Ce qui est plus chiadé dans la démarche de Gnawa Diffusion, c’est qu’on a deux territoires : le Maghreb et l’Europe. Pour parler aux gens en Europe, on aborde des styles plus écouté en europe. Mais c’est pas une démarche pour la vente. C’est que nous on aime ça. Pour ce qui est du Maghreb, la perception de la musique de gnawa est totale. Ici, les gens comprennent les textes en français et en arabe. Eux font le pont. C’est pas nous qui le faisons En France, dans une salle, un père maghrébin demandait à son fils d’expliquer le couplé en anglais car il avait compris le couplet en arabe et en français. Pour moi c’est une victoire. Car rapprocher un père de son fils, pour nous c’est un parcours du combattant car il y a zéro communication. En réalité tu n’est qu’un prétexte. Les gens sont là pour s’aimer. Quand je regarde la télé et que je vois ce qu’il se passe en Palestine, si j’enlève les Etats, les politiques et les militaires, je suis sure que les peuples y vivent ensemble. Les uns en ont mare des se faire exploser, les autres de se faire coloniser. Au bout du compte, je pense qu’une paix des peuples sans passer par les pouvoirs est possible. Tout ce qui est institutionnel est pour moi en carton et en plastique. Les vraies choses on les fait ensemble. C’est pour ça qu’un concert c’est le public qui le fait. Quelle place donnes tu à la musique au regard des messages qu’il y est possible de faire passer ? - La musique dansante ne comporte que très rarement de messages. Mais la musique engagée ne fait que très rarement danser. C’est dommage se contenter de ça. Alors nous on essaye de faire de la musique d’opinion tout en allumant le feu dans les cœurs et de faire bouger…Les gens et les consciences. Cette musique dit clairement de quel coté se trouvent ceux qui la jouent, sans complexes. C’est une façon d’agir à tout un environnement super tiède, trop bien pensant, trop lice. Trop tolérant. J’ai horreur de la tolérance. La tolérance c’est pas l’amour. C’est son contraire. Je te tolère car c’est bien de te tolérer. Mais si je trouves que t’emmerde le monde, t’emmerde le monde. C’est tout. Il faut juste qu’on en arrive à se dire t’emmerde le monde sans se taper dessus. C’est ça la vrai tolérance. Ce n’est pas dire oui à toutes les conneries possibles. C’est en train de devenir ça. Souvent la tolérance c’est l’effacement de l’opinion. T’aime la choucroute ou non ? Si t’aime pas, Basta. Après, engagé ou non…Y’a des moments ou on est juste enragé. La Palestine me préoccupe beaucoup. Pas au nom de l’arabité ou autre chose. Je suis marxiste léniniste. Je ne peux pas cautionner une colonisation. Je défend la Palestine au nom de l’indépendance des peuples de la même façon que tout les peuples ont défilés dans la rue lors de la guerre en Irak ne l’ont pas fait pour défendre l’arabité. C’est le devoir de solidarité des peuples. Le problème c’est que cette solidarité ne se manifeste que quand il y a un gros truc, bien médiatique. Elle devrait être constante. Quand je vois le Maroc, la Tunisie et l’Algérie, je rêve d’une révolution globale contre ces pouvoirs qu’il faut balayer. Le public attend un engagement des gnawa. Depuis le départ du groupe, il était clair pour vous que votre musique allait être un moyen d’expression ? - Oui. C’est vrai. Les premiers textes que j’ai écrit c’était au lycée. A 18 ans j’avais pas mal de texte écrits sur les pupitres. Mon premier texte était contre Jospin qui était à l’époque ministre de l’éducation. Avec un microphone lors d’un seatting devant la mairie de Grenoble je scandais : « salut à toi Jospin, je suis pas ton copain, je suis algérien… ». Souvent c’était pour critiquer le système. On avait une chanson du nom de « blues des milles et une nuits ». C’était sur les monoprix, les super marché. Un gars se ballade dans les rayons et un autre lui demande s’il a un parti pris. L’autre répond j’ai rien pris… L’engagement est très dicté par le contexte. Par exemple métropole a été écrit après les licenciements massifs d’Europe et les délocalisations d’usines. C’est pour mettre en évidence que le manque d’intérêt vis à vis de la misère du tiers monde à engendré le développement d’une situation similaire ici , en Europe. Il faut aujourd’hui une vision globale et une lutte globale. La mondialisation est un concept volé. Ils nous l’ont piqué. Il faut se battre. Il y a une volonté flagrante de nous faire croire qu’il n’y a plus de révolutionnaires et plus de luttes, que les idées ne valent plus le coup d’être défendues et que ça ne vaut pas la peine d’aller en prison pour ce que tu penses. Je pense le contraire. Je suis prêt à mourir même. Peux-tu nous expliquer le concept de la pochette et le nom de l’album ? - Souk System c’est le désordre du monde, celui engendré par le système actuel. Je ne sais pas dessiner. C’est une frustration. L’image frappe avec force. Une bonne pochette est importante car elle est le miroir de ce que tu dois chercher et trouver dans l’album. Votre message est bien entendu par le public ? - C’est reçu de manière assez festive. Je sens une adhésion. On ressent un besoin aussi de ce genre de musique et de message. A une époque on voulait arrêter. Un gars d’Alger m’a dit qu’on avait pas le droit d’arrêter. Car nous on vous attend. La tu sais que le star system ne pourra plus te rattraper. C’est une démarche très importante et qui dois se multiplier à fond. Le discours est périmé aujourd’hui. Personne ne crois ce qu’on lui raconte. Si on écoute ce que tu dis dans tes paroles et qu’on danse dessus, c’est que tu combles un besoin. Celui d’être compris et d’être entendu. Si en plus deux personnes d’origines différentes chantent la même chanson dans une autre langue que la leur, dans un même état de transpiration intense…C’est comme un début de révolution. Un début de cohésion social réelle. C’est un peu ce qu’il se passe avec le foot. Seulement un type comme Zidane ne se positionne pas assez. Pourtant il a de l’audience mais il ne s’implique pas assez. Moi je trouve que nous on en a pas assez…ah ah Vous n’êtes pourtant pas dans une petite boite de production. Vous êtes totalement indépendant ? - On est chez Warner. Mais on est en licence. On a pas un contrat d’artistes. On a un budget pour de la promotion et pour un clip. Ca donne une force de frappe non négligeable. Je n’ai pas de problèmes éthique à faire ça car je pense que rien est tout noir et rien n’est tout blanc. Quand tu peux prendre le blanc en évitant le noir…C’est pas mal. Il faut le phagocyter ce système. Si j’avais voulu être en marge de tout ça, je serais dans la montagne avec des chèvres. Mais ça ne m’intéresse pas. J’aime faire de la musique, j’aime faire des concerts. Mais si Warner nous avait demander de porter des jupes Warner sur scène, je te promets qu’on aurait pas signé chez eux. En plus on a signé avec Warner Jazz. Ces gens sont moins Bisness que d’autres boîtes où je suis allé. Après tu travailles avec des gens et pas avec Warner. En plus ces gens adhèrent au message. Ca me gène pas car eux ne me gênent pas. L’avenir de Gnawa ? - On fini la tournée française en 2003. Après tournée internationale en 2004. Ensuite j’en sais rien. Si ça se trouve on va se retrouver dans le Chiapas pour soutenir les indigènes…J’irais bien jouer au Mexique, ou à Cuba ! La culture est une forme de respiration du cerveau. En Europe on va au concert car on va tous au concert le samedi soir . Y’a plus de caractère exceptionnel comme à d’autres endroit moins touché par le démocratie de marché ou tu viens pour te décharger, pour t’éclater comme en Syrie etc. Le manque d’audience des Gnawa n’est-il pas lié à l’état des médias en Europe et à leur fonctionnement majoritairement en phase avec le system capitaliste ? - Si bien sur. On est actuellement dans l’air de la culture jetable. Je ne veux pas formater mes morceau pour qu’ils passent sur NRJ ou Skyrock. Mais la recherche du scoop est malsaine. Récemment on a beaucoup parlé de Bertrand Cantat. Toute sa vie se gars la, on en a jamais entendu parlé. C’est un des meilleurs groupes de rock français. Je ne fais pas l’apologie de la violence conjugale, je me battrais plus contre, tu vois, mais c’est un truc qui à mon avis peut arriver à tout le monde. La cabale médiatique actuelle, je la trouve malsaine. Y’a trop de perte d’étique. Trop de commerce. Le commerce justifie actuellement tout et deviens une fin en soi. A partir de là, tout est permis. Le fric fait presque toute l’info. Gnawa est un groupe qui s’est fait par le public. On vend en moyenne 50 000 albums par nouvelle galette. Les médias ne nous font pas vendre plus d’album…mais en tout cas ils me font flippés. [haut de page]
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