Dessin de W oznia k - www.wozwoz.net
Le stylo de Manu, la guitarre de Woz,..
J’ai toujours vu Wozniak armé de son crayon multicolore. Sortant de l’avion avec son baluchon de bagage, il avait dans la poche un carnet et dans la main un crayon. Il aurait pu perdre ses bagages mais son véritable équipage était fait de crayons, pinceaux et cahiers dont il ne se séparait jamais. Si Messi a signé son contrat au Barça à 14 ans sur un bout de serviette en papier, je pense que c’est Wozniak qui l’a illustré parce qu’il n’y a pas un quart de feuille en blanc qui ne résiste à sa maniaque envie de tout croquer. Si les repas s’éternisaient, apparaissaient sur le menu, des bouts de scènes de vies que les voix avaient emportées, que les regards avaient oubliés mais que sa claire lucidité immortalisait. Tel un Don Quijote du XXIème siècle, il apparaissait armé de sa lance colorée pour pourfendre un monde trop monocorde, croquer les ogres et les faibles et saisir les détails que la vie moderne ne sait plus voir. Les personnages de Woz naissent sur tout supports : cahiers, livrets, bouts de serviettes en papier, cuir, vêtements, murs,… Tout ce qu’il touche se transforme en bouts de vie colorée. Rien ne lui échappe et sous son regard une autre dimension s’ouvre avec une perspicacité et une justesse que la vitesse de la vie actuelle bien souvent nous aveugle. Et dire que le Canard Enchaînné n’a toujours pas réglé la mire en couleur… C’est comme si on demandait à Miró, Picasso ou Barcelo de s’exprimer en noir et blanc. Et pourtant… Quelle force dans ces vignettes hebdomadaires. Mais que fait Wozniak quand il ne croque pas l’actualité pour le Canard ? Il croque. Il croque et peint la vie à pleines dents. Son crayon est un implant, une extension de son cerveau, la continuité de sa pensée, une véritable arme de construction massive. Si on ajoute à ce don, une véritable curiosité saine de connaître les autres et une âme pure d’enfant purgée de tout préjugé, on découvre à travers ses dessins, un regard complètement humain et véritable du monde qui l’entoure et dont il repousse sans arrêt les limites.
J’ai toujours vu Manu avec une guitare à la main, ou pas loin et toujours une perspicacité terrible sur le monde qui nous entoure. En 2005, pour une interview pour Esperanzah, il nous expliquait que les gens qui nous gouvernent étaient dans une spirale complètement absurde d’un capitalisme sauvage en train de foncer dans le mur, conscients du risque qu’ils encourraient pour l’humanité mais sans frein depuis de nombreuses années. 7 ans après, on ne peut que constater les dégâts ou plutôt les premiers bilans de victimes. Incroyable énergie, celle de Manu à travers la planète, prônant une révolution des quartiers chacun depuis sa sphère et appuyant partout les causes les plus légitimes mais souvent laissées pour compte ; utilisant son image et son charisme pour mettre devant les projecteurs, humblement, les véritables héros qui changent la planète depuis leurs univers. Comme Wozniak, il cultive l’empathie, qui n’est pas seulement un don, mais aussi un travail d’humilité de tous les jours pour se rapprocher des autres et mieux les comprendre. Son arme à lui c’est la musique et ses textes, mais derrière les mots se cache le véritable secret de sa légitimité ; une manière d’être ou praxis qui n’a pas changée et lui permet de continuer comme Woz, à voir le monde avec autant de perspicacité, comme un chapulin libre. Combien de sirènes et de tentations sur le chemin ont essayé de le corrompre, de l’acheter, de le soudoyer, de le draguer, de l’affaiblir ? Quand le doute le prend, la route l’attend. Et à chaque fois la rencontre, la symbiose, l’empathie, le partage ; le confortent. Son regard sur les autres est pur et son envie de communiquer est tellement énorme qu’il transmet une illusion et une motivation débordante à son public qui se fond avec lui. Son crayon et sa guitare sont des armes bien faibles contre un monde si dégueulasse et pourtant ses chansons ont guérit énormément d’âmes et ont relancé l’espoir dans bien des cœurs asséchés. Sans doute Manu s’est réellement transformé en ce qu’il a toujours rêvé d’être : un médecin de l’âme à travers sa musique ; ce qui demande à la fois une extraordinaire sensibilité, une énorme générosité et une grande capacité de sacrifice.
Encore des traits qui correspondent formidablement à Woz aussi.
Wozniak et Manu n’ont pas choisi les armes les plus efficaces et rapides pour changer le monde qui les entoure, mais c’est finalement grâce à ces bases honnêtes et pleines de passion, écoutant leur cœur et contre vents et marées, que chacun permet chaque jour que le monde tourne un peu plus rond, tandis que beaucoup d’autres sont tombés dans les griffes de la Bête et sont complètement confondues par et dans le système. La liberté qu’ils chérissent tant est un privilège qui demande une attention et une vigilance quotidiennes.
Enfin tout cela n’est que la vision d’un modeste observateur émerveillé et peut-être absout par l’extraordinaire talent d’un musicien et d’un peintre.
Reste que le 21 février, sort la biographie de Manu Chao par Wozniak (à moins que ce soit l’inverse)… A se mettre absolument sous les yeux pour se gonfler le coeur et les tripes.
Cela faisait longtemps qu’un édito chango n’était pas sorti…
Entre primaires sans primate à gauche, Marine d’eaux troubles et Joe Dalton à droite, ce n’est pas l’actualité poltico-franco-française qui excitait un serviteur –malgré les frasques du héros Merkozar.
Et en plus du livre dont je viens de parler, février 2012 est aussi la date du retour de Zebda sur les scènes de France et de Navarre (6 Mars à Barcelone, Sala Apolo). Quelle joie de revoir la bande sur les planches. Même le Forum Social revient à Porto Alegre (http://esthervivas.wordpress.com/2012/01/25/ecos-del-foro-social-mundial-en-porto-alegre/).
Un vieux monde cloisonné, sanguinaire, sans valeur, brutal et boulimique s’écroule.
La peur devant l’inconnu ou le nouveau est une réaction normale. Nous avons encore devant nous beaucoup de peur, de brutalité, de sang et de non-sens, mais comme Manu et Woz, il suffit d’écouter l’enfant que l’on a tous en nous pour se rendre compte...
:: Mono Lo ::