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Un rêve inassouvi
Elissa est le nom que l’on pourrait donner au mythe sur lequel fut fondée la cité antique de Tyr, bien avant les élégies du prophète Ezéchiel. Elle est restée un temps dans les mémoires des marins qui venaient y commercer puis son nom c’est distillé au fil des années tant et si bien que les vins phéniciens ne ravivaient plus les hâbleries les plus extravagantes qui avaient cours à son sujet dans les tavernes du port et si le prophète en eu un jour connaissance ça n’eu put être que dans un rêve. On raconte qu’elle était une cité promise à un destin formidable mais que le dernier roi d’Elissa eu comme dernière volonté sa destruction et qu’il ne céda son âme aux dieux qu’avant d’y parvenir.
Elissa, tout comme le devint plus tard la cité de Tyr, était un port magnifique réputé pour ses connaissances dans les sciences maritimes et pour sa position géographique idéale qui contribuait à son expansion. On y trouvait les denrées les plus rares, les objets les plus étranges, les commerces les plus divers. Tout circulait, entrait et sortait par le port, et Elissa euphorique conservait un peu de tout. Cependant on n’aurait pu dire à laquelle des civilisations du Moyen-Orient appartenait Elissa tellement elle était variée dans ses formes. On ne sait pas très bien si ce furent les commerçants étrangers qui immigraient ou plutôt à l’initiative du roi qui s’initia cette société inédite. La cité expérimentait toutes formes de vie, de la plus humble à la plus luxuriante, de la plus simple aux systèmes les plus complexes. De tous les royaumes phéniciens, grecs, égyptiens ou israéliens, on ne connaissait meilleur roi que celui d’Elissa. Il semblait n’avoir qu’une seule préoccupation, concevoir une société parfaite dans ce bout de terre sablonneux, un petit paradis terrestre, et pour y parvenir il favorisait toutes les expériences de vie et les observait dans l’espoir de trouver un jour son idéal. Il demandait aux voyageurs de lui ramener de chaque voyage les dernières idées des philosophes grecs et des architectes égyptiens et non seulement il donnait vie à chaque nouveau plan qu’on lui amenait mais il apportait lui-même un peu de son invention en mélangeant les concepts les uns avec les autres quand ça lui paraissait pertinent. Ainsi son petit royaume devint très vite un sacré capharnaüm. Néanmoins la cité demeurait prospère, elle avait les moyens de se soumettre aux extravagances de son roi.
Les expériences finissaient toujours males, d’ailleurs lorsqu’elles ne convenaient pas au peuple, il se chargeait lui-même de les faire fracasser dans les délais les plus brefs possibles. Pendant des années la persévérance du roi ne montra aucune limite, il continuait de concevoir, d’observer, de modifier, d’attendre de nouvelles idées et de les remodifier à nouveau, dans le but de bâtir ce paradis pour ses gens. L’âge apporte la sagesse quand la vie ne se charge pas de frustrer cet accomplissement, dans ce cas, un jour, le rêve se transforme en pessimisme et le roi devint prisonnier de son obsession. En observant le déclin de ses microsociétés tout au long de ces années, il avait fini par constater que les habitants d’Elissa faisaient fracasser chacune de ses initiatives, les raisons ne manquaient pas, l’insatisfaction, les rivalités, les haines, l’incompréhension,… en fait il n’y avait eu de constance chez les élisséens que celle de se détruire et de détruire tout ce qui s’édifiait et même lorsque le roi interdit toute forme de violence, ils s’ingéniaient à laisser se dégrader les choses, à contourner les lois dans le but d’éliminer les clans rivaux.
Le vieux roi conservait dans son esprit chacune des sociétés conçues et se réveillait maintenant chaque nuit tourmenté par ceux qui, toute sa vie durant, n’avait fait que détruire chacune de ses créations. Dans le dernier rêve du vieil homme, un messager en tunique noire vint apaiser son tourment et lui confessa le destin de toute chose sur cette terre, vivre et mourir, et que la destinée de l’Homme était d’exécuter ce sinistre caprice des Dieux. Toute la ville dormait quand le vieux roi se réveilla et qu’il l’enflamma pour n’en plus laisser aucun souvenir.
Le destin est quelque fois conduit par des forces surnaturelles qui s’abstiennent d’avoir recours aux volontés humaines et pour beaucoup qu’on s’acharne à intervenir sur le cours des choses il parait que n’avons pas plus de pouvoir que l’encre qui se dépose sur le papier et qui suit le dessein d’un plus grand. Pour échapper aux funestes volontés des Dieux que ce messager indiscret lui rapporta, le roi eu l’espoir que peut-être une société faites d’Hommes et de Dieux nouveaux saurait trouver la sagesse qui lui avait été refusée mais il lui fallait effacer d’abord toute trace des turpitudes d’Elissa. Le roi encouragea sa mort dans cette dernière croyance mais l’Histoire fut moins conciliante et ne lui donna pas raison. Tyr reprit le cours de ce qui devait être, et après elle beaucoup d’autres civilisations embrassèrent le même sort.
:: Santi ::