 |
 |
Pour la première fois, des caméras de surveillance vont être installées à Lisbonne. Une décision loin de faire l'unanimité.
La fin de l'été verra l'installation de caméras de surveillance dans le Bairro Alto [le quartier branché du centre-ville], une mesure décidée par la mairie de Lisbonne mais qui n'est pas du goût de tout le monde même au sein de la majorité [gauche]. "C'est une mauvaise idée. Je suis contre la vidéosurveillance" lance José Sá Fernandes, conseiller municipal ; il souhaite "que la vie privée des personnes soit préservée". C'est ce qu'a tenté de faire la Commission nationale de protection des données [l'équivalent de la CNIL] quand elle a imposé plusieurs limitations à la surveillance vidéo des rues du Bairro Alto par la police.
En premier lieu, le système, installé pour une durée de six mois, devra faire l'objet d'une réévaluation s'il y a la volonté de le maintenir. Ensuite, il ne pourra fonctionner qu'entre 22 heures et 7 heures sans pouvoir capter ou enregistrer le son. La Commission a également interdit l'utilisation de caméras cachées et l'obtention d'images de portes, fenêtres et vérandas. Ce sera la première fois que les rues de Lisbonne seront soumises à la vidéosurveillance, mais ce système existe déjà à Porto et Coimbra. Pour quel résultat ? Selon un spécialiste de la question [voir encadré], il n'existe aucune étude au niveau européen qui montre que la vidéosurveillance a effectivement permis de diminuer la délinquance - bien que ce système ait servi à de nombreuses reprises de moyen de preuve à la suite d'un délit. Quoi qu'il en soit, la municipalité de Lisbonne et la mairie de quartier de S. Nicolau veulent installer ce dispositif également dans la Baixa [cœur historique de la ville, quartier commerçant et financier]. Malgré le refus en 2009 de la Commission au prétexte qu'il n'existe pas de données statistiques de la délinquance qui justifient le recours à ce dispositif et que cela signifie sacrifier "les droits des citoyens à l'image, à la libre circulation et la préservation de l'intimité de leur vie privée". La mairie de Lisbonne souhaite pourtant installer une cinquantaine de caméras entre la Baixa et la Praça do Chile [plus au nord]. Elle espère convaincre la Commission en se fondant sur les témoignages de commerçants et d'usagers de la Baixa - fruits d'une étude universitaire financée par la principale association de commerçants du pays -, qui font état d'un sentiment d'insécurité. Plusieurs d'entre eux soulignent l'inutilité de porter plainte quand il se produit quelque chose. Reste à savoir si ces arguments seront suffisants pour faire changer d'avis la Commission, qui a toujours affirmé que la vidéosurveillance ne pouvait être une solution face au manque d'effectifs policiers mais plutôt un moyen supplémentaire à l'action de la police. Dans un de ses rapports, on peut lire : "On ne peut pas dire que ce système va faire reculer le 'sentiment d'insécurité' qui existe, dans la mesure où les sensations n'apparaissent pas comme une raison suffisante pour réduire un droit fondamental ; et dans la mesure où les sensations correspondent à une réalité factuelle d'insécurité - dans ce cas, il faudrait évaluer la nécessité d'installer un système de vidéosurveillance - ; ou bien il n'en est rien, auquel cas cela ne se justifie pas."
Sans résulat
Catarina Fróis, anthropologue spécialisée dans les questions de vidéosurveillance, se prépare à publier Surveillance et Pouvoir où elle souligne, entre autres, l'absence d'études qui confirment l'efficacité de la vidéosurveillance dans la diminution de la délinquance. La conclusion de ses travaux (notamment sur Coimbra ou Porto) montre que ce type de dispositif "fonctionne comme une réponse rapide, politique, au sentiment d'insécurité des habitants". "C'est une réponse politique à un problème social, qui ne combat pas les causes de la délinquance", note-t-elle. Des avantages ? Réellement un seul : "les images peuvent servir après un délit". Catarina Fróis se rappelle avoir rencontré une habitante de la Baixa qui lui racontait que lorsqu'elle arrivait chez elle la nuit, elle ne sortait pas de sa voiture sans avoir auparavant scruté les rues désertes et mal éclairées. "Vous aimeriez qu'il y ait plus de policiers ?" lui demanda-t-elle. "Je préférerais qu'il y ait plus de gens qui habitent ici", avait-elle répondu en ajoutant qu'elle ne se sentirait pas plus en sécurité avec des yeux électroniques.
S'agissant du Bairro Alto, l'anthropologue se montre réaliste : "Comme toutes les autorisations accordées aux mairies, celle-ci est provisoire. Mais, vu le niveau d'investissement, il sera difficile de revenir en arrière."
www.courrierinternational.com/article/2010/07/09/lisbonne-sous-surveillance
Partage RadioChango!
|
 |
 |