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Novembre 2008: La haine de l'Occident...

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Dessin de W oznia k - www.wozwoz.net

Novembre 2008: La haine de l'Occident...

16h26 : place Flagey, Bruxelles.

En ce jour d'octobre ensoleillé, rendez-vous a été pris avec Jean Ziegler. Nous l'avions rencontré en 2007, il était venu présenter le film « We feed the world » dans lequel il donnait la réplique au PDG de Neslé d'alors. Parce que ce qu'il racontait nous avait paru tellement important, nous avions décidé de faire de l'une de ses interventions un morceau manifestif que nous avions mis dans la nouvelle compilation de Radio Chango.

Le cerveau de la bête

En 1964, jeune avocat-stagiaire, il est appelé par le réseau cubain de Genève. Une délégation doit arriver pour un sommet sur le sucre dans la capitale suisse mais Cuba n'y possède pas d'ambassade. Ziegler accepte de promener les représentants. Sans le savoir, il se retrouve à conduire la délégation menée par Ernesto « Che » Guevara. La veille de leur départ, Ziegler « craque » et demande à partir avec eux pour combattre dans la guérilla... Le Che refuse sèchement. Regardant la ville de Genève, il lui dit « regarde, c'est ici le cerveau du monstre contre lequel nous nous battons ».
Jean Ziegler dira que ce n'est que plus tard qu'il a compris ce que voulait lui dire le Che. Il semble bien avoir suivi le conseil.

Nouveau livre

Sa route est riche en expériences : professeur de sociologie, écrivain, député, rapporteur spécial pour les questions d'alimentation à l'ONU. Infatigable.
Il tient toujours bon, malgré les procès d'intention, les attaques. Il vient d'être ré-élu au Conseil des Droits de l'Homme à l'ONU... avec une majorité de voix venues des pays du Sud ! « Pas grâce à la Suisse » dit-il avec le sourire.
Après son précédent livre, « L'empire de la honte », il nous revient en cette fin d'année avec un nouveau pavé dans la marre au titre provocateur, « La haine de l'Occident » (chez Albin Michel). Ici encore, Jean Ziegler décortique, questionne, raconte, dénonce...

Jean Ziegler est notre invité de l'édito ce mois-ci. Bonne lecture !

La lutte continue !

El Matanzas


. photo CK



Radio Chango : Quelle est la genèse de ce livre, "La haine de l'Occident" ?

J. Ziegler : J'ai été 8 ans rapporteur spécial pour le droit à l'alimentation. Je suis maintenant membre du Conseil Consultatif du Conseil des Droits de l'Homme, et dans celui-ci, où il y a 47 états, c'est absolument évident qu'il y a une rupture profonde. Les ambassadeurs et ambassadrices du Sud refusent le double langage de l'Occident, refusent la revendication universaliste des états occidentaux. Ils récupèrent leur propre mémoire vis à vis de l'esclavage et de la colonisation qui mystérieusement ressurgit, devient une force historique maintenant. Les peuples du Sud demandent repentance et réparation. Il y a là une brisure. La communauté internationale est brisée.
Je prends cet exemple tout à fait au début du livre, d'une conversation nocturne avec l'ambassadrice du Sri-Lanka à Genève, qui est une femme remarquable, Sarala Fernando, une bouddhiste éduquée à Oxford, très cultivée, une femme d'une grande intelligence. Nous sortions de la résidence de l'ambassadeur d'Irlande, où étaient rassemblés une majorité d'ambassadeurs européens, canadiens et australiens. Il était question des événements du Darfour, cet horrible génocide que le régime islamiste du Général Omar Bachir impose et inflige aux peuples africains Sagwa, Fours et Massali. Un conflit qui a fait plus de 300 000 morts en trois ans, qui a fait 2,2 millions de déplacé-e-s internes, plus les centaines de milliers de réfugié-e-s au Tchad et en République Centrafricaine. La proposition des ambassadeurs européens était d'envoyer des Casques Bleus pour essayer de mettre fin à cette violence meurtrière des mercenaires du régime de Khartoum. Tout à coup, cette ambassadrice du Sri-Lanka, qui connaît parfaitement l'horreur du Darfour, qui est une femme sensible, qui est certainement révulsée comme vous et moi devant ce génocide, les femmes violées, les enfants mutilés, les terres et récoltes brûlées, cette ambassadrice a explosé : « De quel droit un ambassadeur allemand, français, anglais donne-t-il des leçons à un chef d'état africain ? Même s'il est criminel, de quel droit ? ».
Dans la nuit, à Genève, alors que nous marchions dans la rue de l'Hermitage, elle a commencé à énumérer la litanie des horreurs coloniales : « Et vous savez ce que les Anglais ont fait quand ils sont arrivés en Inde ? Ils ont coupé les doigts des enfants, des femmes et des hommes pour qu'ils ne puissent plus tisser les textiles dans leurs industries autochtones, afin qu'ils soient forcés d'importer de Manchester le textile anglais. Ils ont coupé les doigts à des millions de gens ! Vous savez ce qu'ils ont fait quand ils sont arrivés à Ceylan, au Sri-Lanka ? Ils ont déclaré « waste land » (zone sans habitant) des centaines de milliers d'hectares de collines verdoyantes où habitaient des paysans avec leurs familles, pour les chasser et pour y implanter leurs plantations de thé. » Evidemment, les paysans et leurs familles chassés sont morts de faim quelque part dans la montagne, privés de leurs terres, de leurs moyens de production. Elle poursuivait : « De quel droit l'ambassadeur allemand invoque-t-il les Droits de l'Homme après ce qu'ils ont fait à la moitié du monde ? ».
Là j'ai compris qu'elle parlait d'ailleurs. La plupart, pratiquement tous, des ambassadeurs d'Algérie, du Sénégal, du Pakistan, etc., partagent cette vision aujourd'hui. Les Occidentaux ont perdu toute forme de crédibilité. Non seulement parce que la mémoire de l'esclavage et du colonialisme mystérieusement remonte, mais aussi parce que le capitalisme globalisé est vu comme le dernier système d'oppression et le plus violent que l'Occident impose au monde, depuis 500 ans. Or les Blancs aujourd'hui sont 13% et pas plus !


Radio Chango : Vous rappelez dans votre livre qu'avec la fin du colonialisme, on a laissé les terres mais que le système est encore maintenu et en place...

J. Ziegler : Totalement ! Mon ami Régis Debré dit : « Ils ont enlevé le casque mais en-dessous la tête est restée coloniale ». Et je vois cela dans les débats de l'Assemblée Générale des Nations Unies tout le temps. L'arrogance... J'explique cela dans le livre. Lorsqu'en 2007, Sarkozy se rend à Dakar, son premier voyage africain, il justifie le colonialisme. Il dit : « Ecoutez, quand même, on a construit tant de milliers de routes, on a construit des écoles, le colonialisme est une aventure bénéfique, etc. ». Et les Africains disent : « A Madagascar, en 1947, lors d'une insurrection, vous avez massacré 85 000 hommes, femmes et enfants ; à Sétif, vous avez massacré, le 8 mai 1945, 52 000 manifestants non-armés ; 7 ans de guerre de libération d'Algérie a coûté 2 millions de victimes (morts, blessés, disparus confondus). Quelle indécence totale de comparer tant de routes asphaltées au Sahel avec tant de milliers d'Africains massacrés par la Légion Etrangère ! ».
Sarkozy est ensuite allé en Algérie pour y signer un accord commercial. Le président Bouteflika lui demande de s'excuser, de reconnaître le massacre de Sétif, avant toute discussion. Sarkozy lui répond que c'est de la « nostalgie » et que personne ne sait exactement ce qui s'est passé à Sétif ! Le président Bouteflika lui a répondu : « Si c'est comme ça, vous partez ». Pas d'accord et rupture.
C'est cela qui est nouveau. Cette identité retrouvée transformée en force historique. En Bolivie, en force de libération. Pour la première fois depuis 500 ans, depuis le 1er janvier 2006, un paysan Aymara démocratiquement élu, Evo Morales Ayma, est au pouvoir. Il a récupéré en deux ans l'ensemble des champs pétroliers, gaziers et les mines de Bolivie qui ont été exploitées par l'étranger.

Radio Chango : A la lecture de votre livre et des mines d'informations que vous nous donnez, on peut se demander pourquoi les médias, ici en Occident, n'en parlent que très peu, voire jamais...

J. Ziegler : Régis Debré dit justement que « c'est la première fois aujourd'hui que tout ce qui se fait, et tout ce qui se dit de ce qui se fait, est contrôlé par les mêmes ». Autrement dit, le dernier avatar du colonialisme, c'est la colonisation de l'histoire coloniale. C'est vrai qu'il y a une multitude de mass-média. Mais finalement, ceux qui gouvernent ce monde, c'est-à-dire les oligarchies financières, le gouvernent de façon meurtrière : toutes les 5 secondes un enfant meurt de faim ; 100 000 personnes meurent de faim ou de ses suites immédiates tous les jours ; 923 millions de personnes, plus d'un homme sur six sur la planète, est gravement et en permanence sous-alimenté alors que l'agriculture pourrait nourrir le double de l'humanité. Il n'y a aucune fatalité pour ce massacre quotidien. Sauf l'avidité des multinationales qui nous gouvernent dans cet ordre meurtrier et absurde. Meurtrier parce qu'il tue. Absurde parce qu'il tue sans nécessité. Dans cet ordre, le contrôle de ce qui se dit sur cet ordre est évidement strict.
Si vous regardez la presse française, ce qui se dit de Chavez, Fidel Castro et maintenant Evo Morales, c'est une diffamation permanente ! Dans le journal Le Monde, qui se dit journal de référence, les articles que vous lisez sur la Bolivie sont truffés d'erreurs factuelles et de mensonges ! Ce n'est pas le pays que j'ai visité... Chavez, et la Révolution Bolivarienne qui a changé la vie à des millions de gens extrêmement pauvres, laissés-pour-compte depuis la colonisation : diffamation sur Chavez. La diffamation sur Cuba est phénoménale dans la presse française ! Il ne faut pas s'étonner que cette haine de l'Occident ne soit pas perçue. Je parle ici de la haine raisonnée, pas celle des terroristes qui est pathologique et à condamner totalement.

Radio Chango : Quel regard portez-vous sur le pessimisme légitime que l'on éprouve envers l'ONU, notamment depuis la guerre en Irak ?

J. Ziegler : L'ONU, c'est 192 Etats membres. Il y a une ONU qui a des tâches politiques. Et il y a les 22 organisations spécialisées : l'Organisation Mondiale de la Santé, la FAO, le Programme Alimentaire Mondial, le Bureau International du Travail, etc. Dans leurs domaines spécifiques, elles font du bon travail. Le Programme Alimentaire Mondial, à cause de l'explosion des prix alimentaires sur le marché mondial, suite aux agrocarburants, suite à la spéculation sur les matières agricoles, a perdu 40% de ses moyens, de son « pouvoir d'achat ». L'an dernier, le programme a tout de même nourri 71 millions de personnes. On peut dire que c'est peu face aux 923 millions de « sous-alimenté-e-s », mais quand même ils font leur travail.
Mais l'ONU politique, le coeur du système, est évidemment gravement atteinte. L'ONU a été fondée pour trois raisons, trois missions de l'ONU, formulées dans la charte adoptée à San Francisco en juin 1945. Premièrement, la sécurité collective. Organiser la sécurité collective sur la planète, c'est-à-dire interdire radicalement les guerres « préventives », sauvages. Essayer par l'arbitrage, l'intervention collective, d'établir un système de sécurité collective quand la paix du monde est menacée. Deuxièmement, promouvoir les Droits de l'Homme qui sont consubstantiels à chaque être humain sur terre – les droits civils et politiques, comme les droits économiques, sociaux et culturels. Tous sont universels, interdépendants et indivisibles. Et la troisième tâche fondatrice de l'ONU, c'est la justice sociale planétaire, l'aide au développement par le transfert de technologies et capitaux aux pays ravagés par l'esclavage et le colonialisme. Sur ces trois missions, l'ONU est en faillite.
En terme de sécurité collective, en 2003, les inspecteurs sont arrivés en Irak, ont essayé de chercher des armes de destruction massive. Ils n'ont rien trouvé. Le Conseil de Sécurité n'a pas donné le feu vert pour une attaque occidentale quelconque. Le président Bush a dit : « Je m'en fiche de l'ONU, je fais une guerre préventive, je massacre le peuple irakien ». Et il l'a fait d'une façon très consciencieuse et très systématique. Donc la guerre préventive a balayé la sécurité collective. Echec total de l'ONU.
Deuxième échec total, ce sont les Droits de l'Homme. Quand un ambassadeur américain, au Conseil des Droits de l'Homme, parle de démocratie alors qu'à Abou Ghraïb et Guantanamo, on torture à mort de simples suspects par dizaine et probablement centaine, ce n'est pas crédible ! Un ambassadeur français qui parle des Droits de l'Homme en Afrique, du droit à l'alimentation... Alors que la France, avec les autres états de l'Union Européenne, organisent la famine en Afrique par le dumping agricole – le subventionnement des surplus agricoles européens, subventions à l'exportation. A Dakar, vous pouvez acheter des fruits et légumes français, espagnols, à moitié prix du produit local. On détruit la paysannerie africaine. Donc un ambassadeur français qui parle du droit à l'alimentation, comme un droit universel, ce n'est pas recevable pour un diplomate ou quelqu'un du Sud. A partir de maintenant, ils ne tolèrent plus ce double langage et ils affrontent l'Occident.



Radio Chango : Dans votre livre, vous prenez l'exemple de la Bolivie...

J. Ziegler : La Bolivie a subi le génocide espagnol. Je le décrit, il est effroyable. 63% de ses habitant-e-s sont indien-e-s. Il y a 12 000 communautés indiennes qui ont été – depuis l'indépendance en 1825 – réduites au silence et à l'exploitation totale. Sur l'Altiplano (4000 mètres d'altitude), une misère a été reproduite de génération en génération. Dans l'Oriente, le travail esclavagiste a perduré dans les grandes fermes du département de Santa Cruz.
Pourquoi là, pour la première fois, se réveille-t-on ? Quand les sociologues ne trouvent pas d'explication conceptuelle et analytique, quand la raison analytique est en échec, il faut l'avouer. Personne ne l'explique. Je peux le constater, j'ai accompagné Evo Morales dans plusieurs voyages, c'est un mystère formidable. Après 500 ans de silence, d'humiliation, de honte, d'oppression, de faim, un mouvement a eu lieu. Il a commencé avec la guerre de l'eau avec Sanchez de Losada, président-brigand qui, quand il n'a plus rien pu vendre à l'étranger, a vendu l'eau potable. A ce moment-là, il y a eu une insurrection populaire. L'armée a tiré, il y a eu des mitraillage mais le peuple s'est révolté. Cette révolte a abouti à la fuite de Losada, un vice-président faible a alors pris le pouvoir et ensuite... une élection ! Dans cette élection a surgit ce candidat totalement inconnu, un paysan cocalero, Evo Morales.
Il est arrivé au pouvoir avec ses amis syndicalistes. Qu'a-t-il fait ? Dans les premiers six mois du pouvoir, il a "repris" toutes les richesses du pays. Avant Evo Morales, la Bolivie était le deuxième pays le plus pauvre d'Amérique Latine – tout de suite derrière Haïti – mais le deuxième pays le plus riche en pétrole et gaz – derrière le Venezuela. Morales et son gouvernement, a forcé les trusts internationaux (Shell, Exxon, Total,...) à devenir des sociétés de service et changer la distribution des revenus. En un seul chiffre : avant l'arrivée d'Evo Morales, les trusts pétroliers qui exploitent ces champs-là, on empoché 95% des revenus ; 5% restaient à l'Etat bolivien. Aujourd'hui, après la signature d'environ 220 contrats de service, après le « rétablissement de la souveraineté énergétique », comme disent les bolivien-e-s, l'Etat touche 82% des revenus et les sociétés étrangères, 18%. Avec ces milliards qui tombent maintenant dans les caisses de l'Etat, Evo Morales n'achète pas des tanks et des avions, n'ouvre pas des comptes privés en Suisse, mais instaure toute une série de réformes : réformes agraires, un programme « malnutricion 0 », un système de santé de base, tout ça appuyé sur ce peuple réveillé.
Alors c'est vrai que tout cela est fragile. Quand vous lisez les journaux occidentaux, on parle de mouvements sécessionnistes dans l'Oriente, dans les basses terres. Mouvements favorisés par les anciens nazis, dont les fils sont les grands latifudiaires maintenant. Santa Cruz était l'épicentre du refuge d'Odessa.
Je le décris dans le livre, en août 1944, deux mois après le débarquement, Himler a convoqué à Strasbourg les dirigeants des plus grandes industries allemandes (Siemens, Volkswagen, Krupp,...) et les principaux chefs de la Gestapo et des SS. Les SS étaient des monstres mais étaient intelligents. Voyant que c'était fini, ils organisent les bases d'un « IV Reich » et les bases du refuge, au delà de l'Atlantique du Sud – puisque depuis la conférence de Téhéran, Churchill et Roosevelt avaient écarté très clairement toute négociation avec un quelconque gouvernement, et avaient annoncé une réparation pour les crimes commis. Les SS savaient qu'il n'y aurait pas de pardon. Ils ont donc organisé le repli. Des sous-marins remplis d'or et de diamants sont allés jusqu'à Puerto Suarez, le port fluvial de Bolivie. Ils ont déchargé leurs cargaisons en évacuant leurs pires tueurs (Mengele, Heichman,...). Un seul a été pris, Heichman, les autres ont acheté de grandes fermes. Barbie, le "bourreau de Lyon", l'assassin de Jean Moulin, des enfants d'Ysieux, était chef de la police nationale de Bolivie ! Et jusqu'à l'arrivée d'Evo Morales, il y a deux ans, les nazis tenaient les services secrets de l'armée bolivienne ! C'est ceux-là mêmes, les fils et filles des Oustachi, Croix de Fer roumains, qui ont exactement les mêmes idées racistes, qui organisent l'opposition à Evo Morales.
Quand on me dit que la Bolivie, c'est fragile, je réponds que quelque chose a changé. Aujourd'hui, on peut bien sûr tuer Evo Morales, techniquement c'est possible, comme on peut tuer Chavez. Mais si cela se passe, pour les prochaines 30 années, aucun Occidental ne pourra mettre les pieds en Bolivie, aucun champ pétrolier ne pourra être exploité, aucune industrie, aucune mine ne pourra profiter à un trust étranger. Ce sera le chaos, l'insurrection permanente. C'est pour cela qu'Evo Morales est en vie. C'est pour cela qu'Hugo Chavez est en vie.
En 1981, le président équatorien Jaime Roldos avait essayé de reprendre les champs pétroliers en passant une loi de nationalisation. Son avion a explosé en vol, avec sa femme et ses principaux collaborateurs. S'ils ré-éditaient un attentat de ce type, ce serait le chaos total et l'impossibilité totale de pouvoir exploiter ces richesses. Ils préfèrent payer 82% du revenu à un Etat qui se construit, et continuer à exploiter à un prix qui est encore intéressant.
Ce qui s'est passé au Venezuela est tout à fait passionnant. C'est passé totalement inaperçu en Europe. Au printemps 2002, des militaires téléguidés par la CIA ont investi Miraflores, le palais présidentiel au coeur de Caracas – qui est d'ailleurs un horrible bâtiment (rires). Ces militaires ont maté la garde, ont enlevé Chavez et l'on amené sur une île des Caraïbes appartenant au Venezuela, voulant le démissionner. Parce qu'ils ne voulaient pas ré-éditer l'affaire Allende : Allende est plus vivant aujourd'hui qu'en 1973... Ils ont donc proposé à Chavez de démissionner et lui ont promis un exil doré. Pendant ces 48h, des hauteurs des bidonvilles sont descendus, en silence et totalement pacifiquement, des centaines et des centaines de milliers de pauvres. Ils ont occupé les beaux quartiers de Caracas. A partir de ce moment-là, les Américains ont compris que c'était foutu. Ils ont ramené, dans un hélicoptère à son palais présidentiel, le président légitime Hugo Chavez.
Quelque chose a radicalement changé dans le rapport entre l'Occident et ses "vassaux", ses "serfs" du Sud. Ces peuples ont récupéré leur mémoire, leur identité. Ils sont en état de rupture totale avec l'Occident, avec toutes ces valeurs soi-disant universelles qu'il a prodigué, imposé au monde depuis 500 ans.

Un grand merci à Brigitte Forestier
Interview réalisée avec l'aide et la relecture précieuse de Cachou K


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