Dessin de W oznia k - www.wozwoz.net
Cela fait quelques mois qu’il n’y a pas eu d’édito alors on ne va pas commencer avec des vulgarités… Et pourtant, quelle vulgarité…quel manque d’audace et d’originalité pour cette France qui clame sa grandeur, se rappelle de son heure avant-gardiste, se veut encore agitatrice culturelle et politique et brandit avec fierté l’étendard des lumières. Mais quand notre VRP part en tournée, il laisse les droits de l’homme au placard, range les grands discours universel et prône la realpolitik. Ce n’est pas tout à fait un hasard si notre Président poursuit le travail de son prédécesseur et vend train à grande vitesse, dette publique, airbus et centrales nucléaires en même temps qu’il approuve l’entrée des capitaux koweitis dans Areva. Notre premier commercial de France a aussi des services à rendre à pas mal de généreux amis qui ne se contentent pas d’amnisties fiscales. Les bonnes intentions (si elles ont jamais existé), attendront.
La France est loin d’être le pays des opportunités sociales. Cinéma, musique, politique, commerce,… chacun garde jalousement ses privilèges, son fief et sa seigneurie. Chacun son pré carré, son pouvoir et ses attributs. Les opportunités sont distribuées au compte-goutte et la règle qui gouverne est la transmission sans scrupule des privilèges familiaux. Les citoyens naissent libres et égaux en obligations seulement car quand il s’agit de droits et d’opportunités, la France est séquestrée par les fils de…
Arnault, Bouygues, Betancourt, Gainsbourg, Dutronc, H, Le Pen, Dassault, M, Depardieu, Drucker, Chirac, Aubry, Hallyday, Delon, Debré, Pinault, Michelin, Meuliez, Jean-Christophe Mitterrand,… Les années passent et le panorama reste le même. Il y a sûrement énormément de talent chez certains de ces fils de, mais ont-ils bénéficié des mêmes opportunités que les autres ? Outre les dynasties, c’est aussi une question de régénération de la première ligne d’opinion. Certains s’accrochent à leur siège depuis des décennies sans laisser apparaître la moindre possibilité de nouveau talent. Pour d’autres familles, cela fait plus d’un siècle qu’ils occupent la première ligne de l’actualité en France et accaparent pouvoir, argent et réseaux d’influence. Certaines fortunes sont nées dans une France qui n’avait déjà pas beaucoup de leçon d’égalité à donner. Au nom du droit à l’héritage, des fleurons de l’industrie nationale, des droits d’auteurs, ou simplement par malhonnêteté intellectuelle, on perpétue durant des décennies un système de classes et de privilèges qui n’assure que continuité et médiocrité au pays de Voltaire et Montesquieu. Le monde que décrivait La Bruyère dans ses Lettres Persanes, a-t-il profondément évolué ? Dans une société où le mérite se base sur l’ADN, pas étonnant que le propre Président de la République, considère normal que le Bac+1 en droit est largement suffisant pour que son fils gère une société publique de plus de 2.000 employés. Le petit Nicolas s’est fait grand politiquement au milieu du milieu, à Neuilly, se frottant au gratin de la Jet set, au fief des quadras du Cac, là où se font et se défont les campagnes électorales, en gros là où elles se financent au détail grâce aux alliances, chez les apparatchiks du chic sans bling-bling, où brille l’absence de morale et les cuillères en argent… Souvenir nostalgique d’une époque où les repas étaient millésimés et les campagnes arrosées, où entre la poire et le fromage on refaisait la France et on se partageait Le Monde, accompagné d’un bon pot de vin. Blanc sur rouge, rien ne bouge. 220 ans après la prise de la Bastille, ça donne bien envie d’y remettre un grand coup de pompe dans cette France qui rancit et se tarit à vue d’œil. Les mêmes faces à la télé, dans les journaux, sur les affiches électorales,… Les mêmes faces amochées et fatiguées, les mêmes soucis et les mêmes galères pour les chevilles serviles ouvrières ou tertiaires, les mêmes noms sur les monuments aux morts et sur les lettres en destination Afrique, les mêmes noms sur les listes Assedic et les mêmes anonymes reconduits menottés aux frontières. Jet pour les uns et charter pour les autres. Pile pour les uns, face pour les autres. Délit de faciès pour certains et volte face judiciaires pour d’autres. N’y a-t-il pas en France, d’autres énergies, d’autres meneurs d’hommes et de femmes, d’autres personnes talentueuses pour toujours aller piocher dans le même panier (de crabes)? Certains seront convaincus que non car depuis leur jeunesse, on leur a mis dans la tête qu’ils représentent une élite touchée par une sorte de grâce divine, ou à l’inverse car on leur a fait confondre humilité et servilité, modestie et incompétence. Mais quand on voit la médiocrité de cette élite intellectuelle, culturelle et politique consanguine, qui, loin d’éclairer la France, lui fait ombre depuis trop longtemps, on aimerait parfois qu’elle abreuve nos sillons et sorte de notre sillage. Aux armes téléspectateurs, Aux armes internautes, zappez, votez, changez,…
Le pouvoir appartient au peuple à tout moment et pas tous les 5 ans comme croient ceux qui descendent deux fois par décennie serrer les pinces dans les marchés. Cantona les a bien fait rire jaune quand il voulait enlever tous les billets verts des banques en même temps. Un certain spasme nerveux a dû secouer leur rictus le temps d’une seconde, comme un frisson dans le dos… Ils ne vont pas le faire, quand même, les cons…
Coluche avait donné la recette avant de se faire couper les ailes et la route par ce putain de camion ; « il suffirait de pas en acheter pour qu’ils arrêtent de nous en vendre ».
Avalés dans une spirale de boulot, métro, dodo nous oublions souvent que nous sommes le rouage principal de ce système qui nous exploite et maintient les privilèges du même nombre. Nous sommes en fait aussi un cheval de Troie infiltré en son cœur de ce système, capable de le faire tituber à tout moment si on en prend réellement conscience. Avec moins d’heure de travail que nos ainés, moins d’efforts ménagers, plus de vacances et les RTT, nous passons néanmoins de moins en moins de temps à éveiller notre sens critique, à agir, à essayer de changer les choses. Gavés, abreuvés, saoulés par la société de la télé, du désir perpétuel et du crédit aliénant ; nous marchons comme des moutons, persuadés que le droit de vote est la seule manière de faire changer les choses… Tous les 5 ans et pour choisir entre un fils de… ou une fille de…
Evidemment nous sommes tous des fils de…
Il ne s’agit pas de renier le passé et l’histoire de chacun, mais d’arrêter d’institutionnaliser l’héritage des privilèges et de permettre à tous d’apporter, depuis la différence, la sensibilité, l’originalité et pas depuis le patrimoine génétique.
Pendant que l’Europe aristocratique et hautaine pourrit sur pied, l’Afrique meurt debout à petit feu. Mais ce ne sont pas les étincelles d’espoir qui manquent dans ce continent dévasté par 600 ans d’ingérences continues. Une de ces étincelles brille actuellement sur les scènes de France et présente son dernier travail : L’Africain, un album extraordinaire, simple et percutant, traditionnel et révolutionnaire, alliant les textes forts et les musiques émouvantes. A l’heure où la Côte d’Ivoire a choisi de balayer un des nombreux éléphants politiques du Continent et se débat entre l’impunité et la transition démocratique, Tiken Jah Fakoli, exilé en France, résistant éclairé n’oublie pas son passé et l’histoire de l’Afrique ; il prône avec talent et vigueur, une révolution par l’éducation. L’éducation ici et là-bas afin de changer le regard que l’on a de l’Afrique et afin de laisser les africains marcher vers leur propre destin.