Dessin de W oznia k - www.wozwoz.net
Hôtel de l'Europe
C'est en marchant en ce mois de décembre polaire que le souvenir m'est revenu... Clair, précis...
C'était un soir de juin dans une ville moyenne du Sud de la France. J'allais rentrer chez moi quand je croise une amie du réseau de sans-papiers. Nous étions allés ensemble à l'hôtel où logeait Malika. J'en avais écrit un édito tellement son histoire me faisait mal au ventre.
Je vous en ressers un extrait tant il est encore actuel :
« Arrivée en Pologne, celle que nous appellerons Malika, ses deux enfants agrippés à sa jupe, pose son doigt sur l'encreur que lui tendent les policiers qui viennent d'arrêter le bus qui les a emmenés depuis la Tchètchènie. Elle a du à ce moment là, c'est sûr, baisser les yeux...
Quelques mois plus tard, Malika débarque en France, ne sachant où aller. Elle serait bien allée plus loin encore... Pour oublier... Pour fuir l'horreur de son pays... Malika n'a plus que ses deux bambins. Son mari a été tué dans le maquis tchètchène par les forces russes. Deux ans plus tôt, des soldats russes stationnés dans son village près de Grozny, ivres de vodka, jouèrent avec leur kalachnikov. Une balle perdue se logea dans la petite tête de la petite fille de Malika, 4 ans.
Arrivée donc en France, Malika est convoquée par la préfecture. On la reçoit, sourire au lèvre, l'air un poil gêné mais poli. On lui dit alors qu'elle ne peut rester en France. Qu'elle doit faire demi-tour vers la Pologne. Que signifie cela ?
En 1990, sont signés les accords de Schengen. Parmi les nombreuses dispositions, il est affirmé qu'un pays peut renvoyer le requérant dans le premier pays où il a séjourné pour déposer sa demande d'asile. En clair, Malika a posé les pieds d'abord en Pologne, c'est là-bas qu'elle devra faire sa demande.
En 2004, la Pologne entre dans la « Grande Europe ». Parmi les premières mesures que prendront les autorités polonaises pour « rassurer » les autres membres de l'Union, il y a le durcissement de la politique de l'immigration notamment sur ses frontières orientales.
Malika est Tchètchène. Mais pour la Pologne cela ne veut (presque) rien dire...
A la descente du bus, elle donne au policier polonais son passeport... russe...
Aujourd'hui, Malika et ses deux enfants logent dans un hôtel en France... Le genre d'hôtel où logent un tas de familles en attente de papiers. Le genre d'hôtels qui peuvent prendre feu en cinq minutes et faire une vingtaine de morts en une demi-heure...
La petite fille de Malika, assise sur le lit de la chambre d'hôtel, me montre la cicatrice qui traverse sa jambe. Les dents serrées, les yeux brillants, Malika me dit que les soldats russes s'amusent souvent avec leur couteau... Là-bas... En Tchètchènie...
En France, nous ne manions pas les couteaux. Nous manions les stylos. Ceux-là mêmes qui annoncent, chaque année, à des milliers de réfugiés qu'ils doivent retourner dans leur pays...
»
Je me souviens aussi que l'hôtel s'appelait « Hôtel de l'Europe »...
Bombes électorales
L'homme à terre, ensanglanté, les yeux injectés de sang, crie sa dernière prière. Voilà donc le nouveau spectacle que nous offre l'état Israël en ce début d'année. Plus de 600 morts, en majorité civils. Hommes, femmes, enfants qui n'y sont pas pour grand chose au conflit. Sauf peut-être d'être Palestinien-ne-s.
En février prochain, en Israël, ce sont les élections. L'avantage de l'extrême droite dans les sondages a convaincu les actuels partis au pouvoir de montrer que eux aussi ont des idées ! Depuis 1967, le peuple palestinien n'a pas connu pareil massacre. Personne ne réagit... Ou presque !
Entre autres déclarations, on notera celle de Barak Obama : « je continue d'insister sur le fait qu'en matière d'affaires étrangères, il est très important d'adhérer au principe d'une unicité de la présidence. En particulier parce que de délicates négociations se déroulent en ce moment et nous ne pouvons nous permettre d'avoir deux voix s'exprimant au nom des Etats-Unis, lorsque tant est en jeu". Prétexte et hypocrisie... Obama ne s'est jamais gêné pour intervenir sur d'autres dossiers comme celui de la crise économique. Ici, il se retranche derrière la date du 20 janvier prochain, jour de la passation de pouvoir. Celles et ceux qui ont tant pleuré de joie lors de sa victoire y verront peut-être ici une première déception.
Surtout que la position « unitaire » de l'encore président Bush est sans équivoque : il dit « comprendre le désir d'Israël de se protéger ».
Cours de Philo...
En France, comme à son habitude, le journal Le Monde ouvre ses colonnes à André Glucksmann, pour un cours de philosophie et de sémantique sur la guerre israelo-palestinienne. Dans son intervention écrite intitulée « Une riposte excessive ? », voici ce que nous dit celui qui nous est présenté comme « philosophe », à propos de celles et ceux qui trouveraient attaque d'Israël « disproportionnée » : « Quelle serait la juste proportion qu'il lui faudrait respecter pour qu'Israël mérite la faveur des opinions ? L'armée israélienne devrait-elle ne pas user de sa suprématie technique et se borner à utiliser les mêmes armes que le Hamas, c'est-à-dire la guerre des roquettes imprécises, celle des pierres, voire à son libre gré la stratégie des attentats-suicides, des bombes humaines et du ciblage délibéré des populations civiles ? Ou, mieux, conviendrait-il qu'Israël patiente sagement jusqu'à ce que le Hamas, par la grâce de l'Iran et de la Syrie, "équilibre" sa puissance de feu ? ».
Il faut se souvenir en lisant ces lignes du Monde qu'André Glucksmann s'est illustré à de multiples reprises pour son soutien à des causes « justes » : 1985, il co-signe avec BHL une pétition pour encourager Reagan dans son financement des Contras au Nicaragua. Dix ans plus tard, il soutient la reprise des essais nucléaires entamée par Jacques Chirac. Il soutiendra l'intervention de l'OTAN contre la Serbie, et attaquera le « camp de la paix » en 2003, appelant au ralliement de la France à la guerre en Irak. Un pacifiste, un vrai...
Vous avez dit droit international
A l'heure où l'édito passe sous presse, plus de 600 palestien-ne-s ont perdu la vie.
L'état israélien viole le droit international qu'il s'est pourtant assigné en ratifiant la Charte de l'ONU. « La seule chose à faire est de placer des casques bleus à la frontière. Dans 27 pays du monde, les Nations unies disposent de forces armées dont le mandat est de maintenir la paix, de séparer les parties en conflit, comme au Sud-Liban, à Chypre, en Érythrée, au Congo… Avec près de 100 000 hommes et femmes de 112 pays servant sous ses drapeaux, l’ONU aurait donc sans aucun doute les moyens matériels et humains de mettre en place rapidement une force d’interposition internationale entre Israël et Gaza. Bien entendu, la solution de fond, ce sont des négociations, la fin de l’occupation, la naissance d’un État palestinien et la garantie des frontières israéliennes. Mais dans l’immédiat, il faut envoyer des casques bleus, de préférence des contingents européens, pour arrêter le massacre. L’Europe et la France, comme membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, devraient en faire la proposition. »*
Reste que nous pouvons encore faire entendre nos voix pour que cesse ce massacre. Au plus vite. En signant, manifestant, en parlant, en débattant...
Le Monde ne tourne décidément plus rond !
Dans son édition du 30 décembre dernier, le journal du soir publiait un article de son envoyé spécial intitulé « les ruines de la révolution ».
Je ne reviendrai pas sur mon énervement à la lecture de ce papier. L'article de Guillaume Carpentier aurait pu se trouver dans la rubrique « point de vue » du même journal (la même qui accueille le cours de philo sus-mentionné), tellement il exprime une partialité à peine retenue.
Le journaliste (visiblement envoyé expressément à la Havane pour l'occasion) se borne à nous décrire la capitale cubaine comme « cimetière de cinéma », des Cubains qui « se lamentent », ou encore les prix du supermarché, « deux à quatre fois plus élevés qu'aux Etats-Unis ou en Europe ».
Pas un mot sur l'embargo infligé à l'île depuis 1962, cause directe de la pénurie et de l'inflation des prix décrites dans l'article. Le journaliste préfère imputer tout cela aux dirigeants/dictateurs. C'est plus facile à comprendre.
Pour celles et ceux qui aimeraient aller plus loin que ce manichéisme appliqué auquel nous a habitué Le Monde, je vous suggère de feuilleter l'excellent dossier réalisé par OXFAM-Solidarité : « Ni enfer, ni paradis, les droits humains à Cuba ».
Hommage en conclusion :
Étranges étrangers
Kabyles de la Chapelle et des quais de Javel
Hommes des pays lointains
Cobayes des colonies
Doux petits musiciens
Soleils adolescents de la porte d’Italie
Boumians de la porte de Saint-Ouen
Apatrides d’Aubervilliers
brûleurs des grandes ordures de la ville de Pans
Ebouillanteurs des bêtes trouvées mortes sur pied au beau milieu des rues
Tunisiens de Grenelle
Embauchés débauchés
Manoeuvres désoeuvrés
Polacks du Marais du Temple des Rosiers
Cordonniers de Cordoue soutiers de Barcelone
Pêcheurs des Baléares ou bien du Finistère
Rescapés de Franco
Et déportés de France et de Navarre
Pour avoir défendu en souvenir de la vôtre la liberté des autres
Esclaves noirs de Fréjus
Tiraillés et parqués
Au bord d’une petite mer
Où peu vous vous baignez
Esclaves noirs de Fréjus
Qui évoquez chaque soir
Dans les locaux disciplinaires
Avec une vieille boite à cigares et quelques bouts de fil de fer
Tous les échos de vos villages
Tous les oiseaux de vos forêts
et ne venez dans la capitale
que pour fêter au pas cadencé la prise de la Bastille le quatorze juillet
Enfants du Sénégal
dépatriés expatriés et naturalisés
Enfants indochinois
jongleurs aux innocents couteaux
qui vendiez autrefois aux terrasses des cafés de jolis dragons d’or
Faits de papier plié
Enfants trop tôt grandis et si vite en allés
qui donnez aujourd’hui de retour au pas
le visage dans la terre
et des bombes incendiaires labourant vos rizières
On vous a renvoyé
la monnaie de vos papiers dorés
on vous a retourné
vos petits couteaux dans le dos
Étranges étrangers
Vous êtes de la ville
vous êtes de sa vie
même si mal en vivez
même si vous mourez.
J. Prévert
(publié dans Grand bal de printemps)
A mia nonna...
El Matanzas
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*JEAN ZIEGLER IN http://www.humanite.fr/2008-12-30_International_Gaza-Jean-Ziegler-Des-casques-bleus-pour-arreter-le