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Septembre 2007: Des sans-papiers, de Manu Chao et de Radiochango

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Dessin de W oznia k - www.wozwoz.net

Septembre 2007: Des sans-papiers, de Manu Chao et de Radiochango

J'arrive chez Lisa la tête gavée par mes 8 heures de cour d'espagnol. Lisa range son garage. Les meubles entassés depuis des années ne sont pas encore sur le trottoir que 2 femmes s'arrachent déjà ces quelques vieilleries. A Paris, en 2007, la récup est pour certains le seul moyen de meubler un appartement. « Suivez moi, leur dis-je. Il y a encore des choses en bas qui peuvent vous intéresser ». La jeune fille blonde se passionne pour un mannequin gris argent pendant que la vieille dame kabyle ausculte un à un tous les objets. Elle opte finalement pour une table basse, une autre de chevet, une lampe murale et quelques babioles. Je propose alors de la raccompagner en voiture avec toute cette marchandise. Elle hésite un instant, finit par accepter et la conversation s'engage enfin sur la route. Fatima est originaire d'Alger, elle a 4 enfants et elle a enfin emménagé au printemps dans un grand 4 pièces du 11ème arrondissement de Paris. Avant c'est l'hôtel qui hébergeait toute la famille et cela a duré 7 longues années. 2 chambres pour un loyer de... 3000 € par mois. « Vous avez dû pleurer de joie en déménageant », lui dis-je. « On s'est battu pour l'avoir » me répond-elle avec une douceur peu commune. Place de la Nation, Fatima s'inquiète. Elle a oublié de mettre sa ceinture de sécurité. La dernière fois que ça lui est arrivée, elle a passé 24 heures en garde à vue car Fatima est sans-papiers. Ses mots étrangement sereins sont une flèche dans mon coeur. Elle attend depuis des mois la visite de son mari resté au pays en attendant sa retraite française. Moi je m'apprête à partir au bout du monde sans même me préoccuper d'un quelconque visa. Je finis par sourire : « Ne vous inquiétez pas, je suis un excellent conducteur ». « Mais monsieur, me répond elle, je vous fais toute confiance, sinon je ne serais jamais montée avec vous ».
Défendre les clandestins, ceux qui vivent terrés sans voix et sans visage doit être une valeur universelle, à l'heure où la France tente d'en expulser plus de 2000 chaque mois pour respecter ses quotas. Qu'ils le veuillent ou non, ceux qui appliquent cette politique seront toujours du côté des agresseurs. Ils devront un jour rendre des comptes à des familles qui n'aspiraient qu'à vivre normalement car c'est une certitude cette affaire fait et fera des victimes. C'est désormais à chacun de nous d'en prendre conscience et d'ouvrir les yeux. D'ouvrir la bouche... Que vous soyez juge, policier, travailleur social... N'ayez plus peur, soyez libres et trouvez les moyens de faire entendre votre voix.

C'est à cette petite révolution du quotidien que semble nous inviter Manu Chao. Car Manu fonce. Il court même plus vite que jamais, perdu comme nous en ce début de 21ème siècle entre la foire aux mensonges et la cour des miracles. Alors que le communisme est en ruine, que le capitalisme triomphant s'approche de l'impasse, Manu nous pose une question anodine : « Et maintenant que fait-on ? ». Que fait-on individuellement, que fait-on collectivement pour offrir à chacun sur cette planète un petit espace de liberté. Ne pas lâcher l'affaire ! Poursuivre nos combats humanistes ! C'est une histoire de quartier, c'est aussi une histoire mondiale. Géniale pour les uns, surfaite pour d'autres, l'oeuvre de Manu est parfois difficile à saisir. Mais qui en sera le meilleur juge. Nous-même aujourd'hui ou nos enfants dans quelques années ? A ceux qui ont été touchés par cette belle aventure de faire en sorte que la fin en justifie les moyens.
N'oubliez pas le psychotic reaction de Lester Bangs, l'homme du « sortez vos guitares » dans les années 70. Appliquez à vos vies les mêmes principes qu'à la musique, qu'à la littérature ou qu'au journalisme. Cessez de croire qu'il s'agit là d'activités inoffensives. Vivre n'a rien d'inoffensif.

Le pouvoir de la musique. Le pouvoir des mots au delà de nos petites vies, c'est finalement l'histoire de Radiochango. C'est ce que me font comprendre Nadège et Delphine de la K-Rabarna en parcourant les allées du festival Esperanzah : « T'imagines même pas Titus. S'il y a un pépin pour eux, si on touche à un seul de leur cheveux, mais tout le monde rapplique. C'est quelque chose de malade. » Elles ont raison les filles. Radiochango et ses 3 générations de musiciens. La première qui a montré la voie. La seconde que le site a soudée. Et la 3ème qu'il continue d'appuyer avec son expérience et son état d'esprit exemplaire. Radiochango est là à la croisée des chemins. Un quartier virtuel, populaire, construit par une équipe de princes.
Qui sont-ils ?? Nous ne ferons que vous donner quelques pistes à méditer. Sachez qu'ils se jouent des frontières : à 3 ils pourraient jouer dans 4 équipes nationales de football sur 2 continents. 3 ils seront d'ailleurs toujours. Même s'il sont souvent 2 et parfois 1. Et s'ils étaient 0, ils seraient toujours des milliers. Ensemble, ils sont un coeur, une tête et des pieds. Ils ont frolé l'infarctus, connu les crampes et les migraines mais ils sont toujours là, en parfaite santé. Ensemble, ils sont aussi un artiste, un cartésien et un juge de paix. Formation Komando pour mener les plus beaux projets alternatifs.
Alors faites comme eux. Investissez-vous d'une manière ou d'une autre.
Combattez l'ennui. Le pays des bonnes ondes vous attend. Que vaya la buena Onda... La que anda.


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