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SUNSHINERS

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DOSSIER Janvier 2007
de Pierre-Alexandre Bescos

 

Sunshiners
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« Toute culture naît du mélange, de la rencontre, des chocs.
A l’inverse, c’est de l’isolement que meurent les civilisations. »

Une évidence cette maxime du prix Nobel mexicain Octavio Paz : c’est du métissage que sont nés les plus beaux projets. La musique n’échappe pas à la règle, surtout sur les îles du Vanuatu où n’existent que les règles dictées par le fil de l’existence, la nature et la coutume…

INSTINCT & SPONTANEITE

A l’inverse des rendez-vous téléguidés, Sunshiners est bien loin de la commande marketing ou de la compile opportuniste juste bonne à coloriser le bleu des nuits occidentales et nous prouver que l’été est bien là. Cet album est une bombe de spontanéité et d’humanité, la réunion live d’une poignée de français échappés de la grisaille et des quatre voix timbrées vanuataises, celles des leaders de groupes locaux réunis pour la première fois et désireux d’inédit : Gero Iaviniau de « Naio », le groupe le plus important de l’archipel, John Kapala de « Krosrod », Ben Siro de « Huarere » et Jake Moses de « Torotua » et « XX Squad ».

Ensemble, ils ont adapté une irrésistible douzaine de standards de pop anglaise ayant vécu leurs beaux jours au creux des années 1980, qui échappe elle aussi à toute règle, ensoleillée de bien bonnes vibes sur les rives d’un reggae décomplexé ! Au Vanuatu, pas de traces de dark attitude, seul le reggae est roi et l’unique disciple à avoir laissé son empreinte dans le sable et les âmes n’est autre que Bob Marley, le leader des Wailers. Les groupes locaux - les string bands - sont omniprésents et exercent leur talent dans les fêtes et lors des rassemblements qui rythment la vie de chaque tribu. On serait presque à deux doigts d’imaginer que les quatre chanteurs de cet archipel à l’autre bout du globe terrestre, sont les créateurs de ces mélodies new wave, tant ces reprises sont faites avec spontanéité, simplicité et naïveté puisque totalement inconnues d’eux. Et l’on se prendrait même à rire et rêver que nos icônes brit pop coulent des jours tranquilles au Vanuatu.

Imaginez-vous, déboussolés, débarquer dans une des 83 îles de l’archipel : Nord Est de la Nouvelle Calédonie, Sud Ouest du Pacifique, Ouest des Iles Fidji, Sud des Iles Salomon… des noms dont la seule sonorité vous invite au voyage et vous donne le sourire pour longtemps. C’est dans cet état étrange de langueur et d’excitation que débarquent Feal et Gaël, du groupe de reggae Mister Gang, en Nouvelle Calédonie. Après la sortie de leur deuxième opus « Paris Lisbonne Pointe à Pitre » en 2001, ils ont entamé une tournée mondiale. Un soir, alors qu’ils jouent en Corse, l’Union Syndicale des travailleurs kanaks et des exploités, le plus puissant syndicat de Nouvelle Calédonie, les invite à l’incontournable « Festival Megamiouz ». Là-bas, une de leurs chansons est un tube. Ils ne le savent pas, mais ne tardent pas à l’apprendre.

A leur arrivée à Nouméa, ils sont accueillis par une foule en liesse. Sur scène, ils donnent tout devant 25 000 spectateurs. En coulisses, Feal sympathise avec John du groupe « Krosrod ». Ensemble, ils parlent de leur histoire, de leur pays respectif et de musique, bien sûr, ce qui les unit avant tout. Terrible vibe. Le groupe décide de prendre le temps de la rencontre et part découvrir cette région, un des ultimes paradis sur Terre. L’année suivante, le groupe y enregistre « Live In Kanaky ». Entre remixes de Korn ou Positive Black Soul et invitations de Baobab ou K2R Riddim, le groupe se sépare, nourri de ses riches écarts infidèles. Sans le savoir, Sunshiners est déjà né. Une rencontre a eu lieu. Comme les jamaïquains font du reggae avec de la soul US, les français en créeront avec de la pop british. Feal et Gaël s’embarquent dans cette aventure musicale comme on vogue vers l’inconnu, mais avec le sentiment qu’une bonne étoile - ou un beau soleil ! - les suivra sur ce projet fou.

Après des soirées d’exploration parmi les souvenirs discographiques de chacun avec un brin de nostalgie et beaucoup de soleil dans les yeux, les deux acolytes construisent les ossatures rythmique et harmonique des arrangements reggae de pop eighties. Se bousculent à l’appel une nouvelle version d’In Between Days (The Cure) et le gimmick synthétique de Such A Shame (Talk Talk). Ici, un riff de guitare à la Ernest Ranglin. Là, un trombone dans la veine de Rico Rodriguez sur She Drives Me Crazy qui valut deux Brit Awards en 1990 aux Fine Young Cannibals. Aux morceaux exaltés et exaltants, on donne toutefois l’avantage aux mélodies et aux évidences comme Everybody’s Got To Learn Sometimes de The Korgis, une composition de James Warren qui s’installe dans les hauteurs des charts anglais en 1980, alors même que Vanuatu acquiert son indépendance après des décennies de condominium franco-britannique. Quelques années plus tard, le titre sera déjà repris avec plus (Beck) ou moins (Zucchero) de réussite. Certaines idées seront éclipsées en cours de projet… la faute aux aléas de l’industrie du disque pour le planétaire Still Haven’t Found What I’m Looking For de U2, gravé une heure avant de rendre le studio, dans une urgence que seules l’inspiration et la grâce permettent, avec contrebassines, guitares sèches, yukalele et bouteilles de bières en guise de percus… D’autres morceaux, comme le Precious Little Diamond des néerlandais groovy de Fox The Fox, trouveront sans doute leur place dans quelques temps !

VANUATU STATION… NOW

Gaël retourne au Vanuatu avec pour seul passeport un instru reggae de Rule The World. Fraîchement débarqué, il rencontre Gero Iaviniau et découvre qu’il est chanteur autour du kava, la boisson nationale traditionnelle de l’archipel à base de racine de poivrier anesthésiante, prise au nakamal, le lieu où l’on se réunit au coucher du soleil. Etonnante alchimie ce soir là qui ne s’est pas démentie depuis. Autour du kava, les Vanuatais scellent leur devenir musical et chacun se donne une confiance mutuelle. Le lendemain matin, Gero enregistre Rule The World en moins de temps qu’il ne faudrait pour le chanter ! Excité par cette première claque vanuataise, Gaël prend sont téléphone et arrive à joindre Feal à Paris pour lui faire écouter cette récolte matinale et providentielle. A 22 000 km de là, ce projet, que beaucoup trouvait un peu fou n’est plus un tour magique. Il tient une réalité et s’incarne enfin dans un premier titre chanté. Le temps fera le reste, mais c’est à cet instant que débute leur entreprise de « chimization ».

Il y a des valeurs fondamentales que le Pacifique a su ne pas laisser s’évanouir. D’abord la coutume, et au premier rang celle du kava : partager la même boisson et accepter la rencontre. Se mêler sans s’abîmer. Même lors de la signature du contrat dans les locaux de Sony BMG, David Nalo, responsable d’une ONG sur place qui lutte pour le rayonnement de la culture vanuataise, représentait les quatre garçons. Toute l’équipe du label s’est pliée au kava time. Boire est une officialisation, un accueil et une confiance donnée. Plus que partout ailleurs au Vanuatu, on est curieux des origines, de la parenté et de la terre d’où l’on vient. On donne aussi dans l’archipel ses lettres de noblesse au privilège du dialogue. Le pouvoir de la parole donnée, échangée ou transmise. Peu importe la langue, peu importe que les Vanuatais parlent anglais - souvent -, français - si peu -, ou bichlamar, la communication passe avant tout par des regards francs là où l’Occident commande les yeux baissés. C’est à un choc culturel de ce type qu’invite Sunshiners, mais tout en douceur sans confrontation. Le temps du kava est ce temps hors du temps. Car Vanuatu est l’archipel où le temps n’existe pas.

L’année dernière, Feal s’est donc échappé du temps une petite quinzaine de jours pour retrouver la trace de John et Gero, et rencontrer deux nouveaux chanteurs dont il ne connaissait que les voix. Face à des mélodies « extra » ordinaires comme Shake The Disease de Depeche Mode en décalage absolu avec leurs habitudes musicales, la surprise chez les quatre garçons fait place au doute. Puis, ils écoutent les nouveaux arrangements reggae fraîchement enregistrés, d’une oreille à la fois dilettante et sûre, et choisissent selon leurs affinités la mélodie ou les mots qu’ils diront. Alors que Gero, selon la tribu à laquelle il appartient, ne peut chanter de chansons d’amour, une complicité se dessine entre Français et Vanuatais. Ce qui ne devait être qu’une session d’enregistrement se transforme en une semaine de véritable échange où la musique est le moyen de la découverte de l’autre. Le groupe s’approprie peu à peu les titres pour en donner leur interprétation propre. Les novices de Ziggy Stardust se mettent alors à choisir les inflexions de voix qu’ils poseront sur le Modern Love de Bowie, qui revendique peu aujourd’hui ce « Let’s Dance » peroxydé pourtant mené de main de maître avec le guitariste Stevie Ray Vaughan et Nile Rodgers.

CHIMIZATION LIVE

Port Vila. 9 heures du mat’. Ben Siro termine une version cuivrée du Take The Long Way Home de Supertramp. La veille, il ne connaissait pas l’extrait de « Breakfast In America » mais a tout mémorisé en une nuit et livre une version bourrée de vibes. Le studio est rudimentaire mais les parisiens ont apporté dans leur valise le nécessaire « vital » pour une prise de son moite à l’ancienne. S’ajoutent aux délicieuses imperfections de la version brute de Don’t You Want Me (Human League), les versions inédites de l’inoxydable Rod Stewart et du second extrait du deuxième album de Tears For Fears, un des premiers disques à bénéficier du format Compact Disc. Baby Jane se ralentit quand Everybody Wants To Rule The World se transforme en hymne reggae qu’on imagine aisément repris par le public en live.

Car Sunshiners naît véritablement en live. La toute première réussite est d’avoir pu mener ce projet à son terme et de faire venir les quatre garçons en France… Pour le groupe, ce voyage est leur première occasion de quitter leur pays. Ce voyage d’îles en île sera donc bouclé sur scène et attendez-vous à une explosion ! Pas moins de 18 personnes sur la route dont l’essentiel de l’effectif Mister Gang, le guitariste de Kana, le régisseur de Tryo et le tourneur de Fishbone (Ter à Terre) pour un live qui nous réserve bien des surprises. Pourquoi pas des classiques vanuatais ? Des reprises de Gainsbourg déjà au répertoire de « XX Squad » ? Ainsi qu’un medley inédit qui comporterait des titres de « Spirit Of Eden », de Mark ou de Soft Cell, le Here Comes The Rain Again de Eurythmics ou A Forest de The Cure.

Sunshiners est un album à écouter au rythme pacifique, sans notion du temps, du lever au coucher du soleil. Il sera peut-être même la bande son de l’été 2006. En tous cas, le groupe chimize déjà la Finlande, la Turquie, la Grèce, le Japon et bientôt l’Espagne, le Canada, l’Italie, l’Allemagne et l’Angleterre… Le groupe sera sur les routes dès juin prochain dans les principaux festivals estivaux de la francophonie et jusqu’en terres britanniques. Boucle bouclée, non ? Quoi de plus symbolique que ce Don’t Dream It’s Over qui clôt l’album et fête tout juste ses vingt ans crée par Neil Finn qui était… néo-zélandais, ou que des blacks revisitent le fameux refrain d’Every Kind Of People de Robert Palmer - plus tard repris en hommage par Joe Cocker - un blanc qui lui-même faisait de la soul ?

Ne restera finalement plus qu’à Robert Smith de rencontrer les Sunshiners autour d’un kava !

Discographie [haut de page]
Sunshiners   Sunshiners
   2006 - Album
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Welkam Bak Long Vanuatu   Welkam Bak Long Vanuatu
   2007 - Album
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Photos [haut de page]
  The Sunshiners

Contact & Management [haut de page]
teraterre@aol.com
www.teraterre.com

Liens [haut de page]
  www.sunshiners.net
  www.myspace.com/sunshinersfromvanuatu

 

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